Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 18:38
 
 Rue de la Banque, l'attente
g1.jpg g5.jpg g4.jpg g7.jpg g6.jpg
           
Il ne s'agit pas aujourd'hui de faire la chronique d'une visite d'exposition ou de galerie mais de parler de la rue de la Banque. J'ai bien dit  : la Banque, pas la B.A.N.K.*
        
J'ai ouvert le quotidien du jour Libération à la page 7 et j'ai lu dans les rubriques du  contrejournal, cet article de Philippe Rey, éditeur.



Rue de la Banque, l'attente


Malgré les interventions policières, le campement des familles sans logis (319 inscrites) se poursuit rue de la Banque, à Paris, où une nuit solidaire est organisée ce soir. L'éditeur Philippe Rey en appelle au Premier ministre.


Devant le monde de l'édition réuni à Matignon, vous avez voulu nous faire part d'un souvenir de lecture en nous citant le passage suivant des Bienveillantes : un jeune garçon allemand, fils d'officier SS, est complimenté pour les beaux vêtements qu'il porte. Lorsqu'on lui demande d'où il les obtient, il répond que son père les lui rapporte chaque jour, en revenant des camps. C'est en effet une anecdote insupportable, et vous aviez l'air ému, monsieur le Premier ministre en nous disant que ce passage vous avait bouleversé, vous qui êtes père d'un fils du même âge, Arnaud. Permettez qu'à mon tour je vous parle d'un autre garçon de 7 ans, Omar. Cet enfant dort depuis trois semaines sur le trottoir de la rue où je travaille, la rue de la Banque, en face de la bourse. Il partage une de ces petites tentes rouges, hélas déjà bien connues des Français, que des dizaines de sans-abri ont dressées là, au cœur de Paris. Soutenus par les associations, par bon nombre de personnalités, quelle réponse Omar et les siens ont-ils à ce jour obtenue de la part de l'État ? A ma connaissance, seulement la dureté et la répression. Sous mes fenêtres, je les ai vus un jour être embarqués dans des cars. Savez-vous, monsieur le Premier ministre, ce que sont les cris des femmes et des enfants lors de ce qui ressemble bien, il faut le dire, à une rafle ?  J'ai vu aussi des cordons de policiers le long des trottoirs, dévisageant en silence  ces familles allongées sur les matelas de fortune, ankylosées, hébétées d'être ainsi considérées comme des animaux. A nous, passants, cette situation faisait penser alors à l'exhibition des indigènes au Jardin d'acclimatation au début du XXe siècle. A ceci près que les CRS ont remplacé les barreaux  des cages ? Je sais que la question des sans-abri et des mal-logés est extrêmement compliquée. Mais n'est-elle pas une priorité ? Comment votre gouvernement peut-il à la fois inclure Mr Hirsch, ancien bras droit de l'abbé Pierre, et laisser ainsi, à l'entrée de l'hiver, tant de monde à la rue ? N'avez-vous vraiment pas d'autres réponses à leur transmettre que des brigades de CRS ? Est-ce là votre conception de la Fraternité, pourtant inscrite au fronton d'une République dont vous incarnez la capacité d'action ?  Jeudi soir, après vous avoir entendu à Matignon, je suis repassé à la rue de la Banque. La nuit était tombée, pas un bruit, et pourtant ? Une souffrance muette s'élevait de ces tentes rouges, une souffrance qui disait le froid et l'inconfort certes, mais qui hurlait surtout le désespoir de ces  êtres, traités en parias. En rentrant chez moi, j'ai embrassé ma fille, 7 ans elle aussi. Vous avez dû au même moment souhaiter bonne nuit à Arnaud. J'ai alors pensé à Omar, à sa détresse. Je voudrais vous rappeler qu'à l'hiver 54 l'abbé Pierre commençait son appel par ces mots : "Mes amis, au secours." En effet, une femme venait de mourir gelée, au boulevard Sébastopol. A quelques mètres de la rue de la Banque.»


Mercredi 31 octobre 2007, Libération, p 7.
 
 
Merci pour cet article, Monsieur Philippe Rey, que je ne connais pas. Je me charge modestement de relayer ce message fort en ces temps de crise. Message qui rappelle des choses simples et essentielles  comme la fraternité.
 
*galerie d'art, pour ceux qui l'ignoreraient.
           

Partager cet article

Repost 0

commentaires

holbein 06/11/2007 19:15

Mon souci , tu le sais, n’est évidemment pas d’engranger des commentaires et je te remercie pour ce coup de gueule Lyliana. Je te suis parfaitement sur la vie de ces gens. Je suis allé rue de la Banque et je ne comprends toujours pas comment un gouvernement peut être à ce point atteint de cécité et surtout ne pas se souvenir du passé, des drames de notre histoire, pas si ancienne que ça, afin d’anticiper.  Il est impératif pour un chef d'état de s'indigner des déportations durant la dernière guerre, de revenir sur les tristes conditions faites aux soldats d'origine africaine et nord-africaine -les fameux  "indigènes"-  à l'occasion d'un film éponyme, mais il faut comprendre qu'en organisant nationalement (et internationalement) ces humiliations en bas de chez nous, sous nos yeux, on est en train de créer  du ressentiment et une haine qui va générer les futurs troubles, ceux de demain.Et l'on s'étonnera, comme à l'époque de la flambée des "banlieues" ; mais je crains que ce soit à une autre échelle.Ceux qui dorment sur le trottoir, rue de la Banque, je parle des petits, des enfants, quelle confiance accorderont-ils  à cette France ?

Lyliana 06/11/2007 06:50

Coup de gueule.
Si tu avais parlé de l'atteinte au Pont d'Argenteuil de Monet, je pense que tu aurais eu beaucoup de commentaires de lecteurs scandalisés, révoltés, n'ayant que le mot de sécurité à la bouche.
Si tu avais parlé de la Vénus au miroir de Vélasquez, tailladée par la suffragette Mary Richardson en 1914, oeuvre politique s'il en fut, analysée dans un contexte d'"interaction" de l'oeuvre avec un individu et un contexte précis, tu aurais eu beaucoup de commentaires aussi....
Là, il s'agit de personnes qui vont mourir en bas de chez nous. Silence. Pourquoi n'y-a-t-il plus personne pour crier ici, maintenant, à Paris ?
Pourquoi l'indignation est-elle capable de se déplacer sur des sujets futiles en regard d'une vie humaine ?
La série de "portraits" que tu as choisie en début de ton billet, en dit plus long que tout mon discours; faisons-nous le choix d'une société sans générosité capable de manger ses propres enfants ?

attraper les mouches

Fumier