Mardi 30 octobre 2007
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L'Atelier d'Alberto Giacometti
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Il regrette les bordels disparus. Je crois qu'ils ont tenu-et leur souvenir tient encore-trop de place dans sa vie, pour qu'on n'en
parle pas. Il me semble qu'il y entrait presque en adorateur. Il y venait pour s'y voir à genoux en face d'une divinité implacable et lointaine. Entre chaque putain nue et lui, il y avait
peut-être cette distance, que ne cesse d'établir chacune de ses statues entre elles et nous. Chaque statue semble reculer-ou en venir- dans une nuit à ce point lointaine et épaisse
qu'elle se fond avec la mort : ainsi chaque putain devrait-elle rejoindre une nuit mystérieuse où elle était souveraine. Et lui, abandonné sur un rivage d'où il la voit à la fois
rapetisser et grandir dans un même moment.
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Je hasarde encore ceci : n'est-ce pas au bordel que la femme pourrait s'enorgueillir d'une blessure qui ne la
délivrera jamais plus de la solitude, et n'est-ce pas le bordel qui la débarrassera de toute attribution utilitaire, lui faisant ainsi gagner une sorte de pureté.
Plusieurs de ses grandes statues sont dorées.
Jean GENET, L'Atelier d'Alberto Giacometti,
Œuvres complètes (vol.V), Éditions Gallimard, 1979, p 62
(1ère parution : Lettres Nouvelles, septembre 1957)
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illustration : Portrait de Jean Genet, Alberto Giacometti, 1954-1955, 73 x 60 cm, Centre Georges
Pompidou, Paris
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Par holb
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