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1 octobre 2007 1 01 /10 /octobre /2007 07:46
  ruines



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" Chute d'étoiles". C'est le titre retenu par Anselm Kiefer pour l'exposition qu'il a choisi de mettre en espace au Grand Palais entre mai et juillet 2007. Cette impressionnante présentation d'un très grand artiste allemand contemporain est tout entière traversée par la poétique de la ruine. La ruine a évidemment partie liée à la chute, autre thématique traditionnelle.
Anselm Kiefer est hanté par l'histoire de son pays. Son œuvre est complexe, délicate à approcher, à interprêter, mais deux poètes ont donné du sens à sa pratique artistique : Paul Celan et Ingeborg Bachmann. Ces deux figures de la poésie contemporaine incarnent l'engagement et la mémoire. L'histoire, encore récente, de l'Allemagne est faite de destruction, d'atrocités et de culpabilité. Quelques cerveaux et quelques paysages en portent parfois les traces ; les paysages urbains de moins en moins mais les œuvres d'art sont là pour entretenir la mémoire.
Il existait, dans l'exposition, une tour de dix-huit mètres de haut. Anselm Kiefer, après l'avoir érigée et considérant son côté factice, l'a écroulée au bulldozer, organisant ainsi un éboulis-catastrophe, souvenir d'une violence dont les traces sont les gravats que nous avons foulés en déambulant dans ce lieu qui nous a tant rappelé les cicatrices de l'histoire.

Cette préoccupation pour la ruine a été une constante dans l'œuvre de Kiefer. Aussi bien dans le travail autour des pyramides que celui concernant les briquetteries. Préoccupation donc pour la "poétique des ruines".
Parfois avec une certaine ambiguïté, d'ailleurs. Dès le début des années 80, il entame une série ayant pour sujet les grandes architectures nazies. Daniel Arasse, dans son ouvrage sur Anselm Kiefer, écrit : «Après avoir cédé à la fascination suscitée par le plaisir visuel provoquée par cette évocation de l'image ruinée du nazisme, il a en effet observé que la monumentalisation architecturale, renforcée par la perspective centralisée, était elle-même «minée» tant par la mise en évidence des multiples surfaces et matières superposées et accumulées que par la luminosité et l'immatérialité qui rendent les architectures fantômatiques et dénient donc leur monumentalité. Éprouvant alors le sentiment d'avoir été pris au piège (bien connu depuis Benjamin) de l'esthétisation fasciste, il a été conduit à penser que ces ruines constituaient des «monuments à la représentation démagogique du pouvoir et «affirmaient ce pouvoir de la représentation que le modernisme a tant fait pour mettre en cause»*.

L'œuvre de Kiefer reste une œuvre titanesque, tragique et mélancolique à la fois.


* Daniel Arasse, Anselm Kiefer, Éditions du regard, 2007, p88

                   
photographie de l'auteur, exposition Chutes d'étoiles, Grand Palais, 30 mai 2007

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