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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 07:10
  Même heure, même endroit
Abbaye de Maubuisson
28 mars-3 septembre 2007


maubuisson35-500.jpg


 
Même heure, même endroit, est le titre d’une exposition qui se tient en ce moment en un lieu magnifique : l’abbaye de Maubuisson.

Six artistes présentent des travaux créés sur la base de cette proposition thématique qui renvoie à la fois à une actualité médiatisée et à une réflexion sur ce qu'est une image juste.
Le travail présenté par Pascal Convert me paraît particulièrement réussi.

maubuisson28-150.jpg Nous sommes en présence d'une installation qui se compose de trois éléments essentiels : une double stèle faite de cristal transparent et noir représentant le portrait d'une femme, une sculpture sur socle ou podium faite de l'association d'un piano et d'une énorme racine apparemment calcinée et enfin, une vidéo d'une vingtaine de minutes.
S'y ajoutent deux autres éléments constitutifs de l'œuvre : une bande-son et le fait que l'ensemble est plongé dans une pénombre.

Tous ces éléments doivent à priori être considérés à parts égales, à valeur égale ; il ne devrait exister aucune hiérarchie entre eux. Néanmoins la vidéo et le son qui lui est associé dominent et captent notre intérêt.
L'ensemble de cette œuvre, et notamment la vidéo, fonctionne sur l'affect. Pascal Convert s'inscrit délibérément dans le registre des sentiments et de l'émotion et la vidéo est un axe fort allant en ce sens. Elle est la colonne vertébrale de l'œuvre. Cette vidéo peut être considérée selon un découpage en deux temps.
Une courte scène en noir et blanc est placée au tout début de ce film. Il s'agit de l'extrait d'un véritable reportage tourné en Tchétchénie juste après un bombardement. Le paysage est un paysage de désolation. Tout est détruit ou en feu. La scène montre un petit garçon en pleurs , appelant au secours ; on l'entend crier et à plusieurs reprises implorer de l'aide : «Sauvez-moi ! Je vais vous montrer le chemin :appartement 93, porte 22». A l'arrière-plan on devine un corps allongé au sol et en feu. Un corps qui flambe. Un homme bouge ce corps de la pointe de son pied.
Une scène narrative, extraite d'une réalité filmée sur le vif. Une situation empruntée à l'horreur absolue. L'inacceptable.
maubuisson32-150.jpg Suivent des images de type onirique, intégrant beaucoup d'éléments en rapport avec le feu mais également avec l'eau. Le film est soigné, installant des passages, souvent longs, qui projettent des images de manière un peu stroboscopique selon le rythme des battements du cœur. Scansions, répétitions, obsessions. Tout ce qui fait l'ordinaire d'un cauchemar.
Le son et la musique (travail et composition par Bernard Lubat et Alain Minvielle) sont là pour donner de la force aux images. Et inversement.
Ce son est souvent inquiétant, lanscinant, sourd, répétitif, strident. Il va se caler sur une image de mains sous l'eau et l'on entendra le piano seul.
Ces mêmes mains se déchaîneront de manière hystérique, griffant une surface et laissant des traces désagréables à la manière d'ongles qui raient un tableau. Son traité en rapport. Effet insupportable. C'est l'acmé du cauchemar.
De gros plans du visage d'une femme âgée sont projetés en surimpression et rappellent le personnage représenté sur la stèle de verre.
maubuisson21-150.jpg L'imposante racine noire calcinée donne une épaisseur aux scènes de feu, de terreur et de calcination montrées dans la vidéo. L'objet piano joue le même rôle du point de vue du son. Ces objets noirs et fantomatiques sont un peu comme des traces tangibles de l'événement, des preuves qui contribuent à donner corps aux images numériques.
maubuisson30-150.jpg L'intention de Pascal Convert est de transmettre une émotion en essayant de faire partager cette terreur ressentie, vécue par nos semblables. Ce film s'intitule «cauchemars».
Et dans le générique, il est écrit «A ma mère». Les formes plastiques permettent-elles de faire partager cet intime qu'est le cauchemar ?
maubuisson24-150.jpg Le visage représenté dans le film et celui qui figure en ronde-bosse sur la stèle sont-ils les mêmes ?
Non. Le titre de cette installation de Pascal Convert est
Tombe pour Anna Politovskaïa. Cette œuvre a été réalisée en hommage à la journaliste russe assassinée en octobre 2006. Le portrait figuré sur la stèle est donc le sien. Il est intéressant de remarquer que ce personnage d'Anna Politovskaïa adopte la position de la mélancolie : bras gauche replié sous le menton.
Pascal Convert semble ainsi instaurer un rapport mélancolique au monde par le biais de l'œuvre d'art.


A la lecture de la note d'intention qui accompagne l'exposition, nous apprenons que nous avons affaire à la juxtaposition de deux œuvres de Pascal Convert : l'une, Direct indirect III. Cauchemars datée de 2004 (la vidéo) ; et l'autre,
Tombe pour Anna Politovskaïa, composée de la stèle de verre du piano et de la racine, datée de 2007.
En fait, l'organisation de ces deux pièces, si imbriquées et le son qui occupe tout l'espace d'exposition, donnent l'impression d'une pièce unique. Et le tout fonctionne très bien ensemble.



                 
photographies de l'auteur




Exposition, Même heure, même endroit
L’exposition est présentée dans le cadre de la manifestation Hospitalités organisée par TRAM, réseau art contemporain Paris Ile-de-France.

Rue Richard-de-Tour – Saint-Ouen-l’Aumône
01 34 64 36 10
du 28 mars au 3 septembre 2007
                   
                   

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