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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 10:01
  Même heure, même endroit
Abbaye de Maubuisson
28 mars-3 septembre 2007



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Même heure, même endroit, c’est le titre d’une exposition qui se tient actuellement dans un lieu exceptionnel, non loin de Paris : l’abbaye de Maubuisson.
Cette abbaye cistercienne, à proximité de Pontoise, est un endroit magnifique qui abrite depuis pas mal de temps déjà, des expositions d’art contemporain.
Depuis le 28 mars six artistes présentent des travaux créés sur la base d’une proposition thématique qui marque une intention : celle de faire réagir des artistes à une actualité internationale qui a pour habitude de mobiliser des images, sans tri préalable.
Comment réagissons-nous face à cette inflation d’images ? Y sommes-nous préparés ? La pratique artistique nous invite-t-elle à faire ce tri ? Déplace-t-elle les limites, les normes ? Donne-t-elle du relief à une actualité fournie, touffue qui peine à hiérarchiser l’importance des événements ? La pratique artistique, nécessairement subjective, contribue-t-elle à objectiver notre rapport au monde ?
                   
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Toutes ces questions, nous nous les posons en circulant d’un lieu d’exposition à l’autre dans ce bel et immense domaine de Maubuisson.
Dans un corps de l’abbaye, la grange dîmière, Carlos Castillo présente une imposante installation intitulée 35 lieux du monde.
Il s'agit d'une installation composée de plusieurs pièces disposées horizontalement au sol, à même le sable, qui sont des coordonnées géographiques renvoyant à des lieux de vie désormais rayés de la carte (ces lieux étant ceux de destructions liées à la guerre). Au fond de l’espace plongé dans l’obscurité, une immense toile éclairée, difficilement déchiffrable et qui porte des indications liées, elles aussi, à une catastrophe.
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Les bruits assourdissants d’hélicoptères, d’avions de toute sorte et de cris complètent le dispositif. Les visiteurs déambulent dans le sable entre ces coordonnées au sol afin de mieux s’imprégner de cette ambiance lourde et émotionnelle. Une conception d'ordre baroque génère une certaine impression d'autorité.
                   
 
maubuisson4-150.jpg Dans un autre espace, le bureau ovale de la maison blanche est reconstitué en volumes et grandeur nature par un artiste, Benoît Broisat. Le travail a consisté à numériser des images du lieu véritable, à en agrandir les détails puis à les contrecoller sur des supports et des volumes pour enfin les installer dans un espace de passage.
maubuisson6-150.jpg L’agrandissement produit un effet de flou, de déréalisation qui va questionner le regard que l’on porte sur les choses et plus particulièrement les artifices du politique et de ses outils. Il y a en effet un écart qui se créé entre quelque chose qui est bien une image (et une image de «mauvaise qualité», avec ses imprécisions, ses raccords hasardeux et ses couleurs sombres) et un espace réel, un volume dans lequel nous avons le choix de circuler véritablement. Cette déréalisation nous renvoie à un effet de déréalisation plus général.
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Ceci concerne la connaissance que nous avons (ou nous croyons avoir) de lieux que nous n’avons jamais vus en réalité. L’artifice revendiqué par ce travail plastique est clairement affiché puisque nous voyons l’envers du décor, ainsi que l’assemblage des différents éléments, loin de toute volonté de faire vrai.


                 
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Dans une salle attenante Olga Kisseleva présente deux installations dans un même lieu, deux installations fondées sur des projections vidéo simultanées. La première, intitulée Doors montre deux surfaces de projection, dos à dos qui ont accessoirement la faculté d’intégrer l’ombre transparente et la découpe du regardeur déambulant.
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Une de ces projections, de très grand format, montre une façade en plan fixe percée d’une porte d’où sortent et entrent des hommes que l’on voit boire du thé, attablés dans la pièce du fond. La scène se passe au Pakistan et elle a été filmée le 11 septembre 2001 au matin.

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Ce que l’on voit sur l’écran plaqué à l’envers correspond cette fois-ci à une scène filmée de l’intérieur. Des individus, vêtus à l’occidentale passent également une porte. Tout se joue entre ces deux espaces dans ces passages qui nous obligent à nous déplacer, nous les visteurs, d’un lieu à un autre, alternativement.
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La deuxième installation d’Olga Kisseleva fonctionne également à base de deux projections qui sont présentées, cette fois, face à face, sur deux murs opposés. On voit sur l’une de ces projections une jeune fille habillée de vêtements colorés, qui se détache sur un fond de sol à bandes horizontales et vient en courant et dansant à la fois, vers le spectateur dans un mouvement continu libre et répétitif, la figure émergeant au ralenti et en fondu enchaîné.
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L’autre projection, celle qui lui fait face, est un film tourné dans l'aéroport de Zürich en caméra cachée. Des hommes en costume et portant mallette passent les grilles de la douane. La caméra est fixe. Le flot est lent. Cette pièce d'Olga Kisseleva s'intitule Border / no border.
Et il s'agit bien d'une histoire de frontières.
L’opposition entre ces deux projections est lourde de contradictions et d'opposition. L’espace du regardeur se situe entre ces deux surfaces animées. Rencontrer ce double espace de projection signifie osciller physiquement de l'un à l'autre et vice-versa afin de mieux en percevoir la dimension.


                 
maubuisson12-150.jpg Plus loin, une petite vidéo courte présente sur un mode apparemment désinvolte et guilleret (la bande-son est composée d'une musique gaie et populaire) l’accoutrement puis la déambulation d’une artiste, Seulgi Lee, déguisée en femme afghane complètement voilée, dans les paysages d’une Corse de carte postale. Les points de vue sont traités de manière alternative : la vision de l’autochtone, à une table de bistro puis, subrepticement celle de l’artiste dont le paysage vu sera filmé par un des trous de la cagoule faite d’un tissu imprimé attaché autour du cou par un ruban.

                 
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Trois autres vidéos sont présentées plus loin, œuvres d’une artiste britannique d'origine africaine, Grace Ndiritu. La condition des populations africaines et plus largement de celle réservée au tiers-monde, y est abordée.
Une vidéo, Desert Storm, montre l’artiste, allongée au sol, dont le corps est voilé d’un tulle blanc, se rouler et se déhancher sur un planisphère. Vision aérienne, corps-paysage, peau noire voilée de blanc. Une image sépia, obsédante, trouble, évoque la condition de la femme africaine 
et de ce qu'elle subit en temps de guerre. Un bandeau passant égrène ici  le nom des pays frappés par les conflits.
maubuisson14-150.jpg Une autre, Absolut Native, cadre les pieds de l’artiste qui danse sur une terre sombre, le tout étant souligné par un bandeau déroulant où nous voyons défiler un texte de l'économiste  Joseph Stiglitz,  dénonçant la gestion de la dette des pays du tiers-monde. Identité personnelle et condition du monde vont ici se rencontrer.
maubuisson15-150.jpg La troisième vidéo, Time, a une forme plastiquement intéressante puisqu’il s’agit d’une reconstitution de la couverture du magazine Time dont l’illustration centrale est une figure féminine noire qui bouge à la manière d’un point aveugle, central et mouvant, sans relief, sans détails, au milieu d’un cercle de bougies allumées posées au sol. La forme de cette œuvre retient l’attention du fait de sa surface de restitution qui est un écran traditionnel mais présenté verticalement, donc basculé à 90°. C‘est une manière de nous aider à modifier symboliquement le point de vue que l’on peut avoir sur les choses et sur le monde.


 
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Enfin, le dernier artiste présenté dans le cadre de cette exposition est Pascal Convert qui est l’auteur d’une installation, Tombe pour Anna Politovskaïa, en hommage à la journaliste russe assassinée le 7 octobre 2006.

maubuisson17-150.jpg Cette installation se compose de trois pièces principales qui sont une double stèle verticale faite de cristal transparent et noir qui montre un portrait de la journaliste, une sculpture sur socle, composée d’un piano noir surmonté d’une énorme racine calcinée et enfin d’une projection video doublée d’une bande sonore. Le tout étant présenté dans une pénombre. Cette pièce est travaillée sur un mode émotionnel. Les composantes à la fois politique et mémorielle sont présentes. L’espace d’exposition qui est la salle des Religieuses de l’abbaye confère à cette œuvre un côté solennel et funéraire intense.
   
   
 
Je compte évoquer le fonctionnement de cette œuvre de Pascal Convert plus en détail dans un billet à venir.






Exposition, Même heure, même endroit
L’exposition est présentée dans le cadre de la manifestation Hospitalités organisée par TRAM, réseau art contemporain Paris Ile-de-France.

Rue Richard-de-Tour – Saint-Ouen-l’Aumône
01 34 64 36 10
du 28 mars au 3 septembre 2007


                 
illustrations :

photographies de l'auteur à l'exception de la  :
-1 : extraite de la brochure de l'abbaye de Maubuisson, Abbaye Notre-Dame-la-Royale dite de Maubuisson, (www.valdoise.fr), photos :©P.Lhomel, ©AVDO : L.Baude, C.Brossais, ©T.Liot,   et l'affiche de l'exposition Même heure, même endroit, en surimpression)
-12 :
extraite de la brochure de programmation de l'abbaye de Maubuisson, ABBAYE DE MAUBUISSON mars/septembre 2007, p 5, photo  ©Seulgi LEE
-13 : extraite de la brochure de programmation de l'abbaye de Maubuisson, ABBAYE DE MAUBUISSON mars/septembre 2007, p 17, photogrammes,  ©Grace NDIRITU
-14 : extraite du site performing rights  photogramme, ©Grace NDIRITU
-15 : extraite du site axis photogramme ©Grace NDIRITU
                   
                   

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