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23 avril 2007 1 23 /04 /avril /2007 07:09



Sigmar Polke
Musée Frieder Burda, Baden-Baden
rétrospective, jusqu'au 13 mai 2007


polke10-200.jpg
Sigmar Polke est de toute évidence un collectionneur d'images, quelqu'un qui aime les images et qui prend un grand plaisir à les triturer, les torturer afin de les interroger de mille manières.
Ces images ont des sources variées et il les puise aussi bien dans la presse qu'à la télévision, au cinéma ou dans les livres (d'art, notamment). Les images de faits divers, d'actualité ou de publicité vont se mélanger à celles, plus sérieuses, de peinture de genre ou de représentations croisées dans les musées ou les livres d'histoire de l'art. Le traitement pictural va les réunir dans un trait de pinceau unificateur, une épuration ou un tramage.

Les opérations qu'il fera subir à ces images seront multiples : hybridation, décoloration, superposition, simplification, agrandissement et bien d'autres procédés combinatoires encore. Et l'on va déceler, à travers ces manipulations plastiques, ses goûts pour d'autres artistes, anciens ou contemporains.
L'artiste Sigmar Polke a en effet des passions pour certains de ses aînés ; outre l'influence qu'exerça sur lui Joseph Beuys lorsqu'il arriva à Düsseldorf, on sent chez lui une attirance pour Picabia et plus globalement pour l'esprit Dada, une admiration pour Duchamp et bien évidemment une espèce de vénération pour les immenses références que sont Dürer, Goya ou Picasso.
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Mais le traitement physique qu'il fait subir à ses toiles reste exemplaire. Les supports, les matériaux, les médiums y sont nombreux et surprenants. Les travaux des années 80 qui composent la grande et magnifique salle d'exposition du rez-chaussée de la rétrospective de Baden-Baden, ont vu émerger une manière toute nouvelle de préparer les supports qui font que ses tableaux deviennent des objets à la fois complexes, précieux, fragiles, sans rien de comparable à ce que l'on a déjà vu chez d'autres artistes. Cette œuvre de 1988, ci-contre, intitulée Gangster, montre son chassis à travers un support transparent et travaillé.

Polke a utilisé pour ce support, comme pour celui de l'œuvre présentée au début de l'article, une toile très fine recouverte de plusieurs couches de laque qui vont à la fois le rendre rigide et translucide. L'effet produit est intéressant puisque ce tissu ainsi préparé est simultanément matière (épaisseurs variées), couleurs et teintes (travaillées dans la masse), liant (pour l'intégration de différents matériaux) et support (rôle unificateur). Ce rôle important et fédérateur du support sera délibérément mis en défaut et en danger par Polke .
polke11-100.jpg En effet, les transparences mettent à nu la structure (porteuse) de l'œuvre ; une partie du moteur est visible sous le capot transparent : une façon de rendre compte du travail qui s'est fait. En fait, Polke, là aussi, n'est pas tout à fait où l'on croit l'attendre puisque les chassis ainsi dévoilés sont loin d'être traditionnels. Ils arborent dans leur presque nudité quelque chose de l'ordre de la création... Mais c'est dans le devenir de ces objets qu'il y a péril. Leur fragilité saute aux yeux.
La vignette ci-dessus est un détail de Gangster (en bas à droite de l'œuvre). Cette plaie dans le support ne semble pas être volontaire. Même si ce n'est pas forcément le cas de cette toile, on sait que Sigmar Polke prend des risques en travaillant ses œuvres. Cet artiste est connu pour avoir utilisé des matériaux dangereux ou interdits. La toxicité de ces produits fait partie de la démarche et son œuvre s'inscrit dans un champ expérimental. La sulfure jaune d'arsenic (l'orpiment) ou le vert de Schweinfurt, aujourd'hui impossible à trouver sur le marché pour sa dangerosité, intègrent les œuvres accrochées aux murs. Ces produits continuent à les attaquer. Polke s'inscrit ainsi dans la tradition d'une peinture du pharmakon qui est à la fois couleur, poison et remède.

On a tenté d'enfermer Polke dans une pratique liée à l'alchimie, ce qu'il a récusé fermement. En revanche, sa peinture est bien corrosive et à plus d'un titre. Cet artiste n'occupe pas la boutique d'un alchimiste mais plutôt une droguerie où les images et les poudres, du fait de leur mélange produiraient des pétulances, des détonnations, des explosions d'intelligence, des feux d'artifice, des rires débridés, des ébullitions joyeuses et des merveilles plastiques.


Illustrations :

- Der Ritter II, 1992,
©Sigmar Polke, extrait du catalogue Polke, eine Retrospektive,2007, p 75
- Gangster, 1988, 300 x 200 cm Collection Reiner Speck
,
extrait du catalogue Polke, eine Retrospektive,2007, p 65
- photographie de l'auteur
-
Polke als Droge, 1968, ©Sigmar Polke, extrait du catalogue Polke, eine Retrospektive,2007, p 187




Exposition Sigmar Polke, museum Frieder Burda

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commentaires

chabriere 04/03/2010 14:48


Naturellement,comme je m'y attendais, les  arguments ne sont pas  venus...

c'est donc une  confirmation...

à l'inverse,  je viens  de poster un commentaire  sur l'oeuvre  de Anselm Kiefer,  qui, bien que  se référant à l'actualité  et l'histoire,  montre 
autre  chose,  et notamment  des oeuvres  qui ont une puissance impressionante  qu'on ne trouve pas du tout chez Polke...  phénomène  de mode....
 de toute façon, c'est bien encore l'Histoire  avec un grand H, qui fera le tri entre les gens importants  et ceux qui sont surfaits...


chabriere 14/02/2010 22:41


Etant curieux par nature, j'ai eu l'occasion de regarder, depuis, le film en question, qui n'a d'ailleurs pas apporté grand chose... quant à savoir si S polke  est un "grand peintre", c'est
très subjectif...  moi qui adore la peinture,  je regrette, je n'y trouve rien...  et quand  j'argumente, ce n'est pas  dans le vague, savoir  si il est plus
grend  et un autre moyen, un autre petit...  c'est parce que plastiquement je trouve qu'il n'apporte rien  ( ou peut être que je ne le sais pas le voir, c'est possible ), mais je
saurai mieux  quand  en face  j'aurai des arguments convaincants  ( puisque  l'oeuvre ne répond pas  d'elle même à ces arguments)...     A 
suivre


espace-holbein 02/02/2010 17:18


Effectivement, il existe des gens qui ont l'œil aigri et l'intelligence triste. La critique portée peut s'appliquer à une cohorte d'artistes mais pour ce qui concerne Sigmar Polke, c'est
réellement faire preuve de cécité : il faut regarder ses tableaux, les approcher véritablement, ne pas les évaluer à partir de reproductions et l'on verra qu'il est très grand peintre.


Era 01/02/2010 10:29


Commentaires qui me renvoient au film d'Agnès Jaoui "Le goût des autres" et notamment à la réplique de Castella: "Avec vous, j'ai toujours l'impression de passer un examen"!


chabriere 29/01/2010 22:50


 Ayant été dernièrement au carré d’art de Nîmes, on peut dire qu’il y a un mélange d’oeuvres de qualité, et d’autres complètement insignifiantes; C’est à dire que des artistes ont de réelles
qualités plastiques, et des choix clairs, et pour d’autres ça ressemble à un vague bricolage, dans lequel n’apparait ni savoir faire, ni intention réelle bien définie… ou alors tirée par les
cheveux ( si on se réfère aux travaux de Sigmar Polke par exemple)… donc comme il faut bien se valoriser par quelque chose on se rattache à ce qui n’est pas de l’ordre des Arts Plastiques, mais du
sociologique, des évènements de presse, de la guerre etc.. donc quelque chose d’extérieur à l’oeuvre proprement dite, mais sur lequel une oeuvre d’art assez pauvre va s’appuyer pour trouver une
valorisation. Ceci dit ce n’est pas par ce biais que l’oeuvre devient de qualité, si on en oublie les principes premiers.
Marcel Duchamp dont il est effectivement souvent fait référence, avant de remettre en question le musée, avec ses ready-made, a toujours maintenu une production solide, parallèllement.
En conclusion, sauf  démonstration contraire, je vois  en cet artiste quelqu'un de complètement surévalué, qui correpond à une  esthétique du discours, mais  très peu marquant
par rapport à des orientations picturales "convaincantes"


attraper les mouches

Fumier