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17 avril 2007 2 17 /04 /avril /2007 04:50
Sigmar Polke
Musée Frieder Burda, Baden-Baden
rétrospective, jusqu'au 13 mai 2007



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Une des plus belles expositions visitées cette année fut celle-ci. Tout d’abord, le cadre est somptueux : il s’agit du musée que le collectionneur allemand Frieder Burda a fait réaliser par l'un des plus importants et talentueux architectes actuels, l’américain Richard Meyer ; c'est un grand cube blanc, subtil, magnifique, destiné à distiller la lumière.
Et puis, il y a surtout cet artiste, Sigmar Polke, né en Allemagne en 1941.
Contemporain et ami d’un autre très grand artiste allemand, Gerhard Richter. Tous deux d'immenses talents. Parmi les plus grands artistes vivant aujourd’hui.
Malgré cela, Polke n’a quasiment jamais eu de véritable rétrospective en France (excepté une présentation d’œuvres en 1988 au musée d’art moderne à Paris). C'est donc en Allemagne qu'il faut se rendre.

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Polke est de la génération des Nouveaux réalistes français (dont on parlera beaucoup les mois qui viennent à l’occasion de l'exposition au Grand Palais). Mais à l’inverse de beaucoup de ces artistes, Sigmar Polke n’a jamais joué une « marque de fabrique », ni aucune spécificité quelconque qui l’aurait associé immédiatement à une pratique repérable ou à un matériau.
Ce qui le caractérise c'est qu'il est l’artiste de l’instable, de l’hétéroclite ; son œuvre se distingue par son apparent éclectisme. Il suffit de regarder l'œuvre qui est reproduite à gauche .
Cette œuvre s'intitule : So sitzen Sie richtig que l'on peut traduire par Ainsi, vous êtes assis correctement. On va trouver dans ce grand tableau l'hybridation, le rappel à l'histoire -de l'art- (la référence à Goya est manifeste, ainsi que celle à Max Ernst, d'ailleurs) ; on va trouver également une réorganisation inventive de l'espace, une mise en scène du décoratif, l'utilisation de matériaux inhabituels (notamment pour la confection du support qui est fabriqué à l'aide de tissus imprimés), l'humour qui ne tombe jamais du côté du gag ou du clin d'œil appuyé (remarquer le motif de toute la partie droite de l'imprimé), etc. Les références à Goya et à Max Ernst ne sont évidemment pas innocentes : il s'agit, chacun en son temps, de deux artistes perturbateurs ; le dessin de Polke est à la fois une citation des Caprices de Goya et une reprise dessinée d'un fameux collage de Ernst (Une semaine de bonté ou Les sept éléments capitaux ). Les éléments de la gravure de Goya fonctionnent déjà comme un collage, une sorte d'hybridation explosive : le monde à l'envers, le monde cul par dessus tête ; le non-sens affiché du collage de Max Ernst finira la besogne... Le tout se présente de manière cohérente, d'un même trait de pinceau, une scène se fondant dans l'autre. Et l'ensemble assume et revendique une grande beauté plastique !

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C’est une œuvre qui reste donc très cohérente. L’exposition de Baden-Baden nous le montre avec une grande clarté. Nous avons l’impression de disposer d’un immense puzzle, intelligent, rigolo, érudit, inventif dans sa forme et ses pratiques picturales, fourmillant d’idées, énigmatique quand il le faut et jamais ennuyeux. Les pièces de ce jeu se font un plaisir de ricocher, de s’emboîter, de se répondre, de résister pour finalement de constituer dans notre tête en une œuvre forte, complexe, jubilatoire, qui continue à nous réjouir une fois sortis de l’espace d’exposition.
La peinture pour lui ne semble pas être une religion. Polke est quelqu’un qui a continué à avoir une pratique de peintre et de dessinateur même à l’époque où cela n’était pas encore à la mode et les médiums qu’il utilise au même titre que la peinture le sont pour des raisons d’efficacité, là où la peinture se montrerait mal adaptée ou indigente. D’où cette impression d’éclectisme, de mélanges, d’hétérogénéité, d’hybridation d’objets à statut parfois incertain.

On sent chez lui une volonté de ne se laisser jamais enfermer dans la moindre catégorie.

Bon, j'essaie de continuer plus tard...


illustrations :
photographies de l'auteur sauf 2 :
So sitzen Sie richtig, extrait du catalogue, p 51

Exposition Sigmar Polke, museum Frieder Burda

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