26 DÉCEMBRE 2007 La morale des images
23 DÉCEMBRE 2007 La Visite de la Fanfare
17 DÉCEMBRE 2007 Les Méduses - Meduzot
16 DÉCEMBRE 2007 Augustus Frederick SHERMAN
11 DÉCEMBRE 2007 La valeur (de l'art)
8 DÉCEMBRE 2007 Définition de l'art
5 DÉCEMBRE 2007 Spencer TUNICK - Mickaël WURTENBERG .2
4 DÉCEMBRE 2007 La Mort à Venise
3 DÉCEMBRE 2007 Ils exagèrent vraiment
2 DÉCEMBRE 2007 Spencer TUNICK - Mickaël WURTENBERG
1 DÉCEMBRE 2007 Esthétique
| La morale des images | |
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| Des archéologues péruviens* viennent de découvrir (20/06/07) le premier squelette d'un Inca tué par balle par les Espagnols de Francisco Pizarro (en 1536) |
Pizarro fait exécuter Atahualpa, le dernier empereur des Incas (source : Thehistorychannel.co ) Au nom de la religion catholique. |
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* "Pour la première fois, nous avons identifié les restes humains d'un indigène tué pendant la conquête". Des archéologues péruviens viennent de découvrir (20/06/07) le premier squelette d'un Inca tué par balle par les Espagnols de Francisco Pizarro (en 1536). Et alors ? C'est la première fois que l'on a une preuve matérielle de la conquête puisque, jusque là, on devait se contenter des récits des chroniqueurs espagnols. source : le site "desourcesure.com" |
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Et puis, en lisant les journaux, en écoutant la radio, on entend ceci : |
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"Que s’il existe une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion
morale inspirée des convictions religieuses.
D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas associée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini." |
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La voix est connue, le contexte est la visite du chef de l'état au Vatican et c'était il y a seulement quelques jours. C'est bien sûr, le discours du Président de la République française. Une république laïque. Est-ce bien la morale laïque qui s'épuise ou se change de nos jours en fanatisme ? Les avions qui percutent les tours ou les explosions sur les marchés sont là pour nous le rappeler au quotidien. source : agoravox |
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La Visite de la Fanfare d'Eran Kolirin - avec Ronit Elkabetz, Sasson Gabai, Saleh Bakri |
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C’est l’arrivée de huit hommes, de huit Egyptiens en costume militaire bleu ciel, dans un trou perdu en Israël, de huit membres d’une
fanfare de la police du Caire. Ils traînent leurs instruments de musique et leur petite valise sous la chaleur et dans un paysage accablant pour finalement échouer à Bet Hatikvah, un lieu oublié de tous où vivent des gens rongés par la solitude et l’ennui. |
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Bet Hatikvah est une sorte de petite bourgade Far West, perdue dans le désert, constituée d’habitations fonctionnelles, hideuses et
répétitives, au bout d’une longue route hérissée de lampadaires. La fanfare doit s’y produire, invitée par le centre culturel arabe de
la ville. Mais personne n’est là pour les recevoir. Les musiciens vont très vite se rendre compte qu'il s'agit d'une erreur toponymique. La ville qui les invite n'est pas Bet Hatikvah (qui signifie "la maison de l'espoir") mais Petah Tikvah (qui signifie "la porte de l'espoir"). A l'inverse de Petah Tikvah qui est une grosse ville créée au XIXe siècle, Bet Hatikvah est un trou perdu où il n'y a qu'un seul petit café et où le bus ne passe que très rarement. Pas d'hôtel. Ils sont coincés. |
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Et ce café est tenu par Dina (l'éblouissante Ronit Elkabetz ci-dessus, à gauche) qui va proposer au chef de la fanfare (le talentueux Sasson
Gabai, ci-dessus, à droite) de les héberger jusqu'au lendemain, jusqu'au futur passage du bus, en les répartissant dans les familles alentour. C'est donc l'histoire de la confrontation au quotidien de deux groupes humains qui n'auraient jamais dû se rencontrer ou peut-être jamais dû se quitter tant l'Histoire commune de leurs deux nations a tout fait pour les opposer. Ce huis clos va contraindre les différents protagonistes à se parler, se rapprocher, partager les repas, s'entraider dans les moments difficiles ou délicats du quotidien, faire appararaître le fond de chacun, les désirs, les frustrations, les espoirs, les petites humiliations, les velléités, les ratages et surtout montrer ce qui les rassemble dans leurs ressemblances, dans leur condition d'être humain soumis à des pressions équivalentes. La Visite de la Fanfare est l'autre* film israélien sorti récemment qui évite le traitement traditionnel du sempiternel conflit politico-militaire -sans toutefois l'ignorer- et qui semble promis à un avenir prometteur. Ce film est un bijou de drôlerie, de finesse, de délicatesse et de générosité. Il faut avoir en mémoire le film du Palestinien Elia Suleiman, Intervention divine qui est une sorte de pendant à celui-ci. La mise en scène est très minimale, beaucoup de personnages restent muets, des taches bleues dans le décor, mais la personnalité de chacun des protagonistes est traitée de manière très fouillée. La langue joue un rôle déterminant, à commencer par l'erreur toponymique qui fonde le propos du film. C'est l'anglais (minimal, lui-aussi) qui va être la monnaie d'échange et donc permettre la communication, à priori impossible. Et ceci va malheureusement jouer contre le film, pas du point de vue artistique mais du point de vue commercial car l’Academy of Motion Pictures a décidé qu'il était opportun de refuser à ce film la légitimité de représenter Israël dans la catégorie du meilleur film étranger pour les Oscars (plus de 50% des dialogues du film seraient en anglais). On prendra là toute la mesure de l'imbécilité d'un règlement qui nie le film dans la dimension-même du message qu'il est censé porter. Et si l'art se montrait supérieur à la politique dans le rapprochement des peuples ? Un très beau film à voir. |
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La Visite de la Fanfare d'Eran Kolirin - avec Ronit Elkabetz, Sasson Gabai, Saleh Bakri |
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Prix sélection officielle au Festival du Film de Cannes 2007 dans "Un Certain Regard". Prix du Jury, Prix de la critique internationale, Prix
de la Jeunesse. Aux European film Awards 2007, Sasson Gabai vient de recevoir le prix du meilleur acteur. Le réalisateur quant à lui, Eran Kolirin y a reçu l’European Discovery
2007.
Le film « La visite de la fanfare » d’Eran Kolirin a remporté le 1er prix du 24ème Festival international de Jérusalem (2007). |
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* voir "Les Méduses" de Etgar Keret et Shira
Geffen. Deux blogs à visiter qui évoquent le film : ° Israël montre sa bobine ° Aldor |
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| Meduzot | ||
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Une petite fille avec une petite gueule à la Loretta Lux. Il y a la mer. C'est joli la mer. Et cette petite fille, toute
petite fille minuscule dans le grand paysage, elle sort de l’eau. On sait pas d’où elle vient. Elle parle même pas, c’est tout dire. Rien sur elle. Juste une bouée rouge et blanche
autour des hanches (excepté son petit petit maillot de bain). Saleté de gamine adorable.
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Tu cherches à lui enlever sa bouée pour pas qu’elle s’enrhume (pas la bouée, non la petite aux taches de rousseur), histoire de
l'habiller comme tout le monde et alors elle te pousse un cri hyper aigu, insupportable comme Oscar dans le Tambour. Donc tu renonces, tu recommences pas. Bon, autant te dire que c’est même pas ça l’histoire. C’est une fille (pas petite celle-là). Plutôt une (jeune) fille et il semblerait qu’elle vient de quitter son amoureux ou le contraire. Elle est songeuse. Paraît perturbée. Elle sait pas trop en fait ce qu’elle fait là. Paumée, ouais, paumée et elle travaille comme passeuse de petits fours dans un endroit qui organise des repas pour les mariages. Elle arrive en retard, musique ringarde, se fait engueuler, revient avec la petite fille du début (de l’histoire) qui est même pas sa fille d’ailleurs. La petite picore dans les pièces montées à la chantilly tout exprès fabriquées pour les mariages. Donc on voit aussi des mariés. C’est donc l’histoire d’une de ces mariées qui est enfermée dans les toilettes et se casse une jambe le jour de son mariage en voulant escalader la porte des cabinets. Donc pas de voyage aux Caraïbes, une lune de miel des plus nulles dans un hôtel minable au papier peint horrible, en bordure de route, un hôtel qui sent les égouts mais un endroit qui permet de croiser une autre personnalité du film très mystèrieuse (là, je te raconte pas). C’est quoi l’histoire déjà ? Je récapitule : 1)…, 2)…, 3)…, 4), ah oui il y a aussi une vieille dame chiante et une Philippine qui va s’occuper d’elle. Cette Philippine a un petit garçon, loin, là-bas aux Philippines. Elle lui téléphone souvent et lui dit qu’elle est de l’autre côté de la mer en Israël (Ah, oui, j’ai oublié de te dire que l’histoire se passe en Israël, à Tel Aviv). Qu’elle a trouvé un joli cadeau et qu’elle va lui rapporter. Et ce cadeau c’est un beau bateau, un voilier magnifique qu’elle a vu en vitrine dans une boutique à Tel Aviv. Tu suis ? En fait, l’histoire, c’est autour de la mer. Non, histoire(s) autour de la mère car toutes les personnes ont une drôle d’histoire autour de la mère : la petite qui n’a pas de mère, la jeune fille dont la mère s’étale sur toutes les affiches, le petit garçon philippin qui attend sa mère, de l’autre côté de la mer, la maman philippine qui s’occupe de la vieille mère d’une actrice qui ne supporte plus sa mère, etc. Je t’embrouille, lecteur... Trois histoires montées de manière éblouissante qui s'entrecroisent, se répondent, se complètent et s'éclaircissent sans oublier la part de mystère nécessaire à la création d'une œuvre. C’est un des plus beaux films que j’ai vus ces temps-ci. C’est un premier film, intelligent, fin, drôle, touchant, délicat, plein de charme, créatif, plein d’imagination aussi, extrêmement réussi plastiquement. Jusqu'aux figurants qui passent et qui sont décalés, absurdes et rigolos. Un film tout simplement beau. Ecrit et réalisé par Etgar Keret et Shira Geffen, ce film présenté à la Semaine de la Critique, a été couronné par la Caméra d'or lors du Festival de Cannes 2007. Ce film s’appelle Les Méduses. |
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A.F.Sherman
Portraits d'Ellis Island (1905-1920) |
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La Cité nationale de l'histoire de l'immigration accueille dans son tout nouvel espace d'exposition temporaire une série de 75 photographies
prises par Augustus Frederick Sherman de 1905 à 1920 dans le lieu de transit d'Ellis Island. Ellis Island est un lieu déterminant pour les États Unis puisque c'était le lieu de passage obligatoire pour tout nouvel arrivant en Amérique. Nombre d'artistes, tant dans le cinéma, la photographie ou la littérature se sont emparés de cet endroit fondateur de la nation américaine. Georges Perec et Robert Bober sont bien évidemment les premiers exemples venant à l'esprit avec les fameux «Récits d'Ellis Island», tout comme Lewis Hine et ses étonnants portraits, mais il y a aussi Elia Kazan ou bien encore les Marx Brothers et la mémorable scène d'un de leurs films où l'on voit Harpo en émigrant tentant de se faire passer pour Maurice Chevalier en remontant le mécanisme d'un petit gramophone caché derrière son dos. Cet espace et sa cohorte de rituels des aspirants immigrants venus de tous les coins du monde est un lieu symboliquement fort. |
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Nous voilà donc confrontés à une autre œuvre dont le décor est celui d'Ellis Island, une œuvre beaucoup moins connue que celles
pré-citées. En 1892, juste après l'ouverture d'Ellis Island, Augustus
Frederick Sherman, fils d'un commerçant de Pennsylvanie, photographe amateur, entre comme employé au Bureau de l'immigration, une position privilégiée qui lui donne la possibilité d'avoir
accès aux femmes et aux hommes détenus dans le centre en attendant qu'on statue sur leur sort. Pendant une vingtaine d'années il construit une œuvre photographique autour de ces migrants.
Le matériau est extrêmement riche : une telle variété d'individus, d'âges, de langues, de costumes, d'origines sociales, de couleurs de peau, de comportements ne peut qu'inciter le photographe à s'interroger sur ses modes opératoires. Quoi et qui
photographier ? Pourquoi ? Comment ? De quelle manière ? Et puis très vite se pose la question du classement. Regrouper certains individus ? En isoler ? Dans quel décor ?
Dedans, dehors ? (à l'époque et pour Sherman le matériel photographique est lourd, peu maniable, exige des contraintes de temps de pose, etc.). Il semble que ce photographe s'inscrive malgré lui dans un nouvel usage de la photographie qui va consister à tenter de révéler, d'identifier et de classer dans la veine et l'état d'esprit à visée anthropologique en cours dans cette seconde partie du XIXe siècle. Ce qui est intéressant dans l'exposition est de repérer les hésitations du photographe dans sa volonté de classement, de regroupement jusqu'au délire qu'il mettra en place en rassemblant des militaires d'origines les plus variées mais visuellement semblables. |
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Le costume occupe une place importante et l'on sent que Augustus Frederick Sherman a été ébloui par cette variété qui renvoie à la fois à l'identité de chacun de ces
migrants mais également à l'identité de leur contrée d'origine. Ce costume est le dernier lien avec leur passé, avec leur appartenance au groupe. Ils vont s'en débarrasser au moment de
rentrer en Amérique. C'est un rite de passage. L'œuvre de Augustus Frederick Sherman n'est pas celle de Lewis Hine. Elle est plus hésitante, sûrement plus malhabile mais est un témoignage émouvant et a l'avantage de nous faire percevoir certaines choses du fait de ces hésitations dans les dispositifs et de certaines approximations que l'on y décèle. Mais elle reste attachante. Penser à lire les commentaires et indications de l'auteur, directement sur les épreuves. |
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Cette exposition est présentée dans cette étonnante architecture de la porte dorée où l'on pouvait admirer des collections maintenant visibles au musée du Quai Branly. Le lieu est imposant et malheureusement, j'ai l'impression que les photographies d'Augustus Frederick Sherman n'ont pas bien pris la mesure de l'espace qui leur était confié. C'est bien dommage car ce photographe est une découverte.
Il ne faut pas oublier de prendre le temps de regarder un film (15mn) de Meredith Monk sur Ellis Island. Ce film est diffusé dans
l'exposition. Il a pour décor Ellis Island, joue sur les rituels, met en scène les corps, a pour support sonore une bande son d'une grande qualité. C'est un très bel objet plastique
qui se situe entre le documentaire et la fiction ou plutôt une sorte de recréation fictionnelle. |
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Augustus Frederick Sherman : Portraits d'Ellis Island (1905-1920) du 14 novembre 2007 au 7 janvier 2008 Cité Nationale de l'Histoire de l'immigration, Palais de la Porte Dorée 293 avenue Daumesnil 75012 Paris |
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