31 OCTOBRE 2007 Philippe REY - Rue de la Banque
30 OCTOBRE 2007 Alberto GIACOMETTI - Jean GENET
28 OCTOBRE 2007 Alberto GIACOMETTI .3
19 OCTOBRE 2007 Alberto GIACOMETTI .2
18 OCTOBRE 2007 Alberto GIACOMETTI
17 OCTOBRE 2007 Eugène DELACROIX
16 OCTOBRE 2007 Jean-Baptiste OUDIN
15 OCTOBRE 2007 Tony CRAGG
14 OCTOBRE 2007 Douglas GORDON
13 OCTOBRE 2007 Peter HALLEY - Matali CRASSET
12 OCTOBRE 2007 The Third Mind - Ugo RONDINONE .5
11 OCTOBRE 2007 The Third Mind - Ugo RONDINONE .4
9 OCTOBRE 2007 The Third Mind - Ugo RONDINONE .3
8 OCTOBRE 2007 The Third Mind - Ugo RONDINONE .2
7 OCTOBRE 2007 The Third Mind - Ugo RONDINONE
6 OCTOBRE 2007 Marcel DUCHAMP .2
5 OCTOBRE 2007 Marcel DUCHAMP
4 OCTOBRE 2007 Birmanie
3 OCTOBRE 2007 Hubert ROBERT
2 OCTOBRE 2007 Andrea MANTEGNA
1 OCTOBRE 2007 Anselm KIEFER
par holb
publié dans :
espace-holbein
|
Rue de la Banque, l'attente
|
|||||
|
|
|
|
|
|
|
Il ne s'agit pas aujourd'hui de faire la chronique d'une visite d'exposition ou de galerie mais de parler de la rue de la Banque. J'ai bien
dit : la Banque, pas la B.A.N.K.* |
|||||
|
J'ai ouvert le quotidien du jour Libération à la page 7 et j'ai lu dans les rubriques du contrejournal, cet article de
Philippe Rey, éditeur. |
|||||
Rue de la Banque, l'attente
Malgré les interventions policières, le campement des familles sans logis (319 inscrites) se poursuit rue de la Banque, à
Paris, où une nuit solidaire est organisée ce soir. L'éditeur Philippe Rey en appelle au Premier ministre.
|
|||||
|
Devant le monde de l'édition réuni à Matignon, vous avez voulu nous faire part d'un souvenir de lecture en nous citant le passage suivant des
Bienveillantes : un jeune garçon allemand, fils d'officier SS, est complimenté pour les beaux vêtements qu'il porte. Lorsqu'on lui demande d'où il les obtient, il répond que son père les
lui rapporte chaque jour, en revenant des camps. C'est en effet une anecdote insupportable, et vous aviez l'air ému, monsieur le Premier ministre en nous disant que ce passage vous avait
bouleversé, vous qui êtes père d'un fils du même âge, Arnaud. Permettez qu'à mon tour je vous parle d'un autre garçon de 7 ans, Omar. Cet enfant dort depuis trois semaines sur le trottoir
de la rue où je travaille, la rue de la Banque, en face de la bourse. Il partage une de ces petites tentes rouges, hélas déjà bien connues des Français, que des dizaines de sans-abri ont
dressées là, au cœur de Paris. Soutenus par les associations, par bon nombre de personnalités, quelle réponse Omar et les siens ont-ils à ce jour obtenue de la part de l'État ? A ma
connaissance, seulement la dureté et la répression. Sous mes fenêtres, je les ai vus un jour être embarqués dans des cars. Savez-vous, monsieur le Premier ministre, ce que sont les cris
des femmes et des enfants lors de ce qui ressemble bien, il faut le dire, à une rafle ? J'ai vu aussi des cordons de policiers le long des trottoirs, dévisageant en silence
ces familles allongées sur les matelas de fortune, ankylosées, hébétées d'être ainsi considérées comme des animaux. A nous, passants, cette situation faisait penser alors à l'exhibition
des indigènes au Jardin d'acclimatation au début du XXe siècle. A ceci près que les CRS ont remplacé les barreaux des cages ? Je sais que la question des sans-abri et des mal-logés
est extrêmement compliquée. Mais n'est-elle pas une priorité ? Comment votre gouvernement peut-il à la fois inclure Mr Hirsch, ancien bras droit de l'abbé Pierre, et laisser ainsi, à
l'entrée de l'hiver, tant de monde à la rue ? N'avez-vous vraiment pas d'autres réponses à leur transmettre que des brigades de CRS ? Est-ce là votre conception de la Fraternité, pourtant
inscrite au fronton d'une République dont vous incarnez la capacité d'action ? Jeudi soir, après vous avoir entendu à Matignon, je suis repassé à la rue de la Banque. La nuit était
tombée, pas un bruit, et pourtant ? Une souffrance muette s'élevait de ces tentes rouges, une souffrance qui disait le froid et l'inconfort certes, mais qui hurlait surtout le désespoir
de ces êtres, traités en parias. En rentrant chez moi, j'ai embrassé ma fille, 7 ans elle aussi. Vous avez dû au même moment souhaiter bonne nuit à Arnaud. J'ai alors pensé à Omar,
à sa détresse. Je voudrais vous rappeler qu'à l'hiver 54 l'abbé Pierre commençait son appel par ces mots : "Mes amis, au secours." En effet, une femme venait de mourir gelée, au boulevard
Sébastopol. A quelques mètres de la rue de la Banque.»
Mercredi 31 octobre 2007, Libération, p 7. |
|||||
|
Merci pour cet article, Monsieur Philippe Rey, que je ne connais pas. Je me charge modestement de relayer ce message fort en ces temps de
crise. Message qui rappelle des choses simples et essentielles comme la
fraternité. |
|||||
|
*galerie d'art, pour ceux qui l'ignoreraient. |
|||||
par holb
publié dans :
espace-holbein
