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Rue de la Banque, l'attente
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Il ne s'agit pas aujourd'hui de faire la chronique d'une visite d'exposition ou de galerie mais de parler de la rue de la Banque. J'ai bien
dit : la Banque, pas la B.A.N.K.*
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J'ai ouvert le quotidien du jour Libération à la page 7 et j'ai lu dans les rubriques du contrejournal, cet article de
Philippe Rey, éditeur.
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Rue de la Banque, l'attente
Malgré les interventions policières, le campement des familles sans logis (319 inscrites) se poursuit rue de la Banque, à
Paris, où une nuit solidaire est organisée ce soir. L'éditeur Philippe Rey en appelle au Premier ministre.
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Devant le monde de l'édition réuni à Matignon, vous avez voulu nous faire part d'un souvenir de lecture en nous citant le passage suivant des
Bienveillantes : un jeune garçon allemand, fils d'officier SS, est complimenté pour les beaux vêtements qu'il porte. Lorsqu'on lui demande d'où il les obtient, il répond que son père les
lui rapporte chaque jour, en revenant des camps. C'est en effet une anecdote insupportable, et vous aviez l'air ému, monsieur le Premier ministre en nous disant que ce passage vous avait
bouleversé, vous qui êtes père d'un fils du même âge, Arnaud. Permettez qu'à mon tour je vous parle d'un autre garçon de 7 ans, Omar. Cet enfant dort depuis trois semaines sur le trottoir
de la rue où je travaille, la rue de la Banque, en face de la bourse. Il partage une de ces petites tentes rouges, hélas déjà bien connues des Français, que des dizaines de sans-abri ont
dressées là, au cœur de Paris. Soutenus par les associations, par bon nombre de personnalités, quelle réponse Omar et les siens ont-ils à ce jour obtenue de la part de l'État ? A ma
connaissance, seulement la dureté et la répression. Sous mes fenêtres, je les ai vus un jour être embarqués dans des cars. Savez-vous, monsieur le Premier ministre, ce que sont les cris
des femmes et des enfants lors de ce qui ressemble bien, il faut le dire, à une rafle ? J'ai vu aussi des cordons de policiers le long des trottoirs, dévisageant en silence
ces familles allongées sur les matelas de fortune, ankylosées, hébétées d'être ainsi considérées comme des animaux. A nous, passants, cette situation faisait penser alors à l'exhibition
des indigènes au Jardin d'acclimatation au début du XXe siècle. A ceci près que les CRS ont remplacé les barreaux des cages ? Je sais que la question des sans-abri et des mal-logés
est extrêmement compliquée. Mais n'est-elle pas une priorité ? Comment votre gouvernement peut-il à la fois inclure Mr Hirsch, ancien bras droit de l'abbé Pierre, et laisser ainsi, à
l'entrée de l'hiver, tant de monde à la rue ? N'avez-vous vraiment pas d'autres réponses à leur transmettre que des brigades de CRS ? Est-ce là votre conception de la Fraternité, pourtant
inscrite au fronton d'une République dont vous incarnez la capacité d'action ? Jeudi soir, après vous avoir entendu à Matignon, je suis repassé à la rue de la Banque. La nuit était
tombée, pas un bruit, et pourtant ? Une souffrance muette s'élevait de ces tentes rouges, une souffrance qui disait le froid et l'inconfort certes, mais qui hurlait surtout le désespoir
de ces êtres, traités en parias. En rentrant chez moi, j'ai embrassé ma fille, 7 ans elle aussi. Vous avez dû au même moment souhaiter bonne nuit à Arnaud. J'ai alors pensé à Omar,
à sa détresse. Je voudrais vous rappeler qu'à l'hiver 54 l'abbé Pierre commençait son appel par ces mots : "Mes amis, au secours." En effet, une femme venait de mourir gelée, au boulevard
Sébastopol. A quelques mètres de la rue de la Banque.»
Mercredi 31 octobre 2007, Libération, p 7.
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Merci pour cet article, Monsieur Philippe Rey, que je ne connais pas. Je me charge modestement de relayer ce message fort en ces temps de
crise. Message qui rappelle des choses simples et essentielles comme la
fraternité.
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*galerie d'art, pour ceux qui l'ignoreraient.
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L'Atelier d'Alberto Giacometti
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Il regrette les bordels disparus. Je crois qu'ils ont tenu-et leur souvenir tient encore-trop de place dans sa vie, pour qu'on n'en
parle pas. Il me semble qu'il y entrait presque en adorateur. Il y venait pour s'y voir à genoux en face d'une divinité implacable et lointaine. Entre chaque putain nue et lui, il y avait
peut-être cette distance, que ne cesse d'établir chacune de ses statues entre elles et nous. Chaque statue semble reculer-ou en venir- dans une nuit à ce point lointaine et épaisse
qu'elle se fond avec la mort : ainsi chaque putain devrait-elle rejoindre une nuit mystérieuse où elle était souveraine. Et lui, abandonné sur un rivage d'où il la voit à la fois
rapetisser et grandir dans un même moment.
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Je hasarde encore ceci : n'est-ce pas au bordel que la femme pourrait s'enorgueillir d'une blessure qui ne la
délivrera jamais plus de la solitude, et n'est-ce pas le bordel qui la débarrassera de toute attribution utilitaire, lui faisant ainsi gagner une sorte de pureté.
Plusieurs de ses grandes statues sont dorées.
Jean GENET, L'Atelier d'Alberto Giacometti,
Œuvres complètes (vol.V), Éditions Gallimard, 1979, p 62
(1ère parution : Lettres Nouvelles, septembre 1957)
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illustration : Portrait de Jean Genet, Alberto Giacometti, 1954-1955, 73 x 60 cm, Centre Georges
Pompidou, Paris
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l'atelier d'Alberto Giacometti
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«Une statue dans une chambre et celle-ci devient un temple.»
Jean Genet
L'Atelier d'Alberto Giacometti est le titre d'une exposition rétrospective de l'artiste en référence au texte éponyme de Jean Genet de 1957.
Cette exposition , on peut la visiter au centre Georges Pompidou à Paris, et ceci jusqu'au 11 février 2008. On y voit rassemblées plus de 600 œuvres de l'artiste suisse ainsi que des
photographies le montrant le plus souvent dans ce minuscule atelier de la rue Hippolyte Maindron, tout près de Montparnasse.
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Alberto Giacometti va passer près de 40 ans dans ce tout petit atelier sombre et poussiéreux. Une espèce de chaos, de désordre apparent, un
lieu où même Annette, sa femme, n'avait pas le droit de déplacer les choses qui s'y trouvaient ni même de passer un chiffon sur les vitres recouvertes de cette poussière blanche ou grise
qui filtrait la lumière.
Le 46 de la rue Hippolyte Maindron, c'est le lieu de toute une vie ou presque : 1927-1966, l'année de sa mort.
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Cette exposition de Paris, 16 ans après celle que nous avions vue au Musée d'art moderne, est évidemment l'occasion d'être à nouveau
ébloui, de s'émerveiller des œuvres de cet immense artiste qu'était Alberto Giacometti. On va y retrouver beaucoup de choses avec un égal plaisir. Quatre moments forts vont structurer cette
présentation : Après quelques œuvres de son père, lui-même peintre en Suisse, nous allons rencontrer Paris et le jeune Giacometti, l'artiste et ses photographes -qui vont jouer un
grand rôle-, une zone centrale dédiée à l'atelier, et puis les œuvres de la maturité.
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Giacometti a pris le relais de son père ainsi que de son grand-père, tous deux peintres. On a l'impression que très naturellement, vivant
dans ce milieu, il conduit ou reconduit une activité comme un artisan reprend l'atelier ou la boutique de son père, le lieu qui l'a vu naître avec le souci de faire fructifier ce que
lui ont légué ses ancêtres. Cette sorte d'atavisme nous aide à mieux comprendre la modestie avec laquelle il pratique et rend compte de son travail d'artiste, tout au long de sa
vie.
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Il va en effet surprendre par son mode de vie à la fois simple et fort, et son souci permanent de tenter d'expliquer , avec une extrême
régularité, une modestie et une exigence dans le propos, ce qu'il fait et notamment son sentiment répété d'être sans cesse à la recherche de quelque chose qu'il ne parviendra jamais à
atteindre.
Comme je m'étonne qu'il y ait un animal (c'est le seul parmi ses figures). Lui : "C'est moi. Un jour je me suis vu dans la rue comme ça.
J'étais le chien".
Giacometti à Jean Genet,1957.
l'Atelier d'Alberto Giacometti, Jean Genet.
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Genet a fréquenté énormément Giacometti. Il a posé pour lui, a essayé de comprendre cet homme qui le fascinait et qui, d'une certaine manière,
incarnait l'acte de création. Genet cherchait sans doute lui-même à percer ce mystère qui pousse un artiste à passer à l'acte, toute sa vie, ce moteur interne sans cesse relancé. Jean Genet
a laissé ce magnifique texte, L'Atelier d'Alberto Giacometti qui nous aide, nous aussi, à marcher à tâtons dans ce labyrinthe.
Comme L'Atelier d'Alberto Giacometti de Jean Genet n'est pas l'atelier de Giacometti de la rue Hippolyte Maindron, il se trouve
que l'atelier d'Alberto Giacometti de la présente exposition du
Centre Georges Pompidou n'est pas à
confondre avec cet atelier de Montparnasse où vécut l'artiste durant près de quarante années.
Ce serait une imbecillité de penser que l'on peut reconstituer à l'identique l'atelier d'un artiste dans une exposition. Cela relève même du contresens : l'atelier (et je sais de quoi je
parle) est un lieu de l'intime, du dévoilement, de la mise à nu, le lieu où l'on prend des risques, le lieu où l'on se compromet souvent à nos yeux, le lieu (par définition) que l'on
ne partage pas (même si, à l'évidence, existent des exemples d'ateliers "collectifs", "communautaires" ou fonctionnant sur des modes particuliers à l'instar de la fameuse
Factory d'Andy Warhol). Il serait illusoire, quasiment obscène de fabriquer, en trompe-l'œil, l'atelier du peintre, du sculpteur. Cette volonté d'authenticité ne
ferait que dévoiler toute la vacuité d'une intention aberrante. Il ne faut pas mélanger les genres : un atelier est un atelier avec sa fonction et son fonctionnement particulier et le lieu
d'exposition ne peut être qu'autre chose. On ne fait pas visiter son atelier à n'importe qui contre rétribution ; les toiles de Bacon ne sont jamais exposées sur un tas d'ordures (ou plus
précisément sur un amas de tubes de peintures ou de couleurs écrasés ou encore sur une accumulation d'images souillées, maculées ou déchirées).
Cet atelier d'Alberto Giacometti, même si des pans du vrai mur (dessiné) ont été prélevés puis réinstallés dans la présente exposition ne peut donc être confondu avec le lieu
d'origine.
En revanche nous allons trouver des traces multiples et documentaires de cet atelier dans la cellule d'exposition consacrée aux photographes de Giacometti qui seront parmi les gens
importants de l'époque : Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Eli Lotar, Denise Colomb, Irving Penn, Brassaï, Man Ray, Jacques-Henri Boiffard ou encore Sabine Weiss. Cet endroit
est soigné, feutré, intime et contraste avec l'extrême clarté la belle luminosité du reste de l'exposition.
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Giacometti a une œuvre importante. L'éternel combat qu'il mena contre le doute force le respect. Ce qui est fascinant, c'est sa capacité de
résistance : il ne lâchait jamais rien, voulait toujours savoir où il allait et accordait beaucoup d'importance à l'observation de ses actes, de sa démarche ; les témoignages sont
nombreux et les enregistrements disponibles (en particulier l'entretien avec Georges Charbonnier qui savait poser les questions). La mise en œuvre de l'acte artistique est directement
observable dans l'exposition : un portrait de Jacques Dupin est accroché à l'une des cimaises et le film de la genèse de ce tableau est présenté juste en dessous où l'on voit la main de
Giacometti en action dessiner, peindre et faire monter progressivement les traits du tableau que l'on peut observer et admirer simultanément devant nos yeux. Cette expérience est
extraordinaire et il s'agit d'une véritable trouvaille de l'exposition et rappelle sans doute le fameux Mystère Picasso tourné en son temps par Henri-Georges Clouzot ou encore ce
que fit Hans Namuth en filmant Jackson Pollock.
Cet artiste qui passa sa vie à se demander ce qu'était une tête ne dissocia jamais l'acte d'être de celui de créer. Il nous donne
une formidable leçon d'humilité, lui qui était capable de passer quatre années entières sur un même objet. Il donne également à réfléchir sur ces artistes actuels qui organisent une
rétrospective de leur travail avant même d'avoir atteint la trentaine.
Thierry Dufrêne, en 1994, termine le livre qu'il fait paraître sur Giacometti en écrivant : En octobre 1965, quelques mois avant sa mort, sur le bateau qui le ramène de New York
en Europe, Giacometti écrit dans ses «Notes sur les copies» : «Je ne sens que la mer qui m'entoure, mais il y a aussi le dôme, la voûte immense d'une tête
humaine.»*
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* Thierry Dufrêne, Giacometti, les
diimensions de la réalité, Éditions Skira,Lausanne, 1994, p 184
illustrations :
- Alberto Giacometti dans la cour de l'atelier, 18 ou 19 décembre 1957
Robert Doisneau, tirage argentique sur papier. Extrait du catalogue de l'exposition, L'Atelier d'Alberto Giacometti, Centre
Georges Pompidou, octobre 2007 .
- plan de l'exposition : document distribué à l'entrée de l'exposition.
-Le chien, Alberto Giacometti, 1951 (cast 1957). Bronze,(45.7 x 99 x 15.5 cm). Moma New York .
-six vignettes d'œuvres de l'artiste.
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L'atelier d'Alberto Giacometti
Collection de la fondation Alberto et Annette Giacometti
Exposition au Centre Georges Pompidou, Paris
17 octobre 2007 - 11 février 2008
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l'objet invisible
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Pour cette sculpture de 1934, l'objet invisible, Alberto Giacometti emprunta la silhouette stylisée d'une statue assise d'une défunte provenant des îles Salomon, qu'il avait vue au musée ethnographique de Bâle,
et qu'il combina avec d'autres éléments tirés de l'art océanien, comme le démon de la mort représenté par un oiseau, indique Rosalind Krauss dans un article intitulé "On ne joue
plus"*, consacré à l'artiste suisse.
En 1935, l'art de Giacometti changea brusquement. Celui-ci commença à travailler d'après la réalité. Des modèles vinrent poser dans son
atelier, et il cessa de réaliser des sculptures qui - comme il le dit plus tard à propos de son œuvre du début des années trente-«me venaient toutes faites dans la tête». La rupture que
cela entraîna avec les surréalistes laissa à Giacometti un sentiment de violente hostilité.
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Il déclara que tout ce qu'il avait fait jusque-là était "de la masturbation" et qu'il n'avait pour le moment d'autre objectif que d'essayer
de "mettre en place" une tête humaine». Dans la logique de cette répudiation, il nia tout rapprochement avec l'art primitif, prétendant qu'il n'avait emprunté à des objets de ce type que
parce que l'art nègre était à la mode au début de sa carrière.**
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* Rosalind Krauss, extrait de L'originalité de l'avant-garde et autres mythes modernistes, Éditions Macula, p
215
** Rosalind Krauss, op. cit., p.254
illustration : l'objet invisible, Alberto Giacometti, bronze, 153x32x29cm, Washington, National Gallery of
art, op. cit., p. 214
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L'atelier d'Alberto Giacometti
Collection de la fondation Alberto et Annette Giacometti
Exposition au Centre Georges Pompidou, Paris
17 octobre 2007 - 11 février 2008
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