30 JUILLET 2008 Lettre d'amour, ANTONIONI
29 JUILLET 2008 Girly show, Edward HOPPER
23 JUILLET 2008 Saartje, Vénus hottentote
22 JUILLET 2008 Sternutation, quelques fractions de secondes d'inconscience
20 JUILLET 2008 L'éléphante inconsciente, Thomas EDISON, John HASKELL
19 JUILLET 2008 P.H.O.T.O.G.R.A.P.H.I.E.
17 JUILLET 2008 Miroslav Tichý, une fabrication ?
16 JUILLET 2008 Miroslav Tichý
14 JUILLET 2008 Less is less, more is more
13 JUILLET 2008 Less is less, CAPC Bordeaux
8 JUILLET 2008 Jérémy LIRON, galerie Isabelle Gounod
7 JUILLET 2008 Joël HUBAULT à l'Onde, Vélizy
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| Lettre d'amour, Antonioni |
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La lettre d'amour |
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photogramme et extrait sonore du film La Notte (La nuit) de Michelangelo Antonioni avec Jeanne Moreau et
Marcello Mastroianni. |
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| Michelangelo Antonioni est mort lundi 30 juillet 2007, il y a un an, aujourd'hui. |
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M-A |
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Saartjie Baartman
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«La Vénus hottentote est le nom qu’on donna à une Africaine qui avait déjà reçu le nom afrikaans de Saartjie
(Sar-key) Baartman. En 1810 on l’emmena depuis le Cap, en Afrique du Sud, jusqu’à Londres, où elle fut exhibée comme une curiosité. C’était une attraction sensationnelle à
l’époque. Non seulement elle était africaine, mais en plus elle avait une caractéristique physique connue sous le nom de stéatopygie, une accumulation de graisse sur les fesses, et
ce sont ses fesses qui furent célèbres et qui devinrent le cœur du spectacle.
Des foules payaient pour la voir marcher, pas totalement nue, de long en large sur une petite scène.Parfois elle portait une robe de tulle ou une cape, mais les gens ne s’intéressaient pas à ses vêtements. Ils venaient voir ce qu’elle avait d’exceptionnel. |
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Elle se tournait ou se penchait en
avant, selon les demandes des spectateurs. Et quand elle obéissait à ces requêtes, ce qui était toujours le cas,
il y avait toujours des cris ébahis puis une plaisanterie et toujours des rires. Et au début ça ne la gênait pas trop. Même si ça n’était pas ce qu’on lui avait promis au Cap, elle ne
voulait pas arrêter. Un monde s’était ouvert devant elle, et comme elle était intelligente elle avait envie d’apprendre des choses sur ce monde. Elle n’aimait pas qu’on la ridiculise, ni
les crachats de ceux qui lui crachaient dessus, mais cela faisait partie du monde dans lequel elle était, et elle ne voulait pas quitter ce monde. Elle voulait juste être heureuse dans ce
monde. Elle voulait que les gens viennent voir son spectacle, mais elle voulait qu’ils soient différents, qu’ils la voient et qu’ils la traitent différemment. Et ce qu’elle voulait ne se
produisait pas. Et elle ne voulait pas en parler. Elle ne pouvait pas dire : «Regardez-moi comme une personne» ou : «Débarrassez-vous de vos préjugés». Elle parlait quelques mots d’anglais
mais le problème ce n’était pas le langage. Le problème c’était le monde dans lequel elle était. Une nuit, elle dormait sur son lit de camp et elle eut envie de faire pipi. Alors elle fit un rêve, et dans ce rêve elle devait aller aux toilettes. Elle essayait désespérément de trouver les toilettes, elle essayait de trouver dans le monde de son rêve un endroit où faire pipi. Elle n’arrêtait pas d’essayer de trouver le soulagement mais n’arrivait à rien, et elle n’arrivait à rien parce qu’elle ne cherchait pas dans le bon monde. Elle était dans le monde de son rêve, et dans ce monde, même si elle avait trouvé un endroit où faire pipi, ça n’aurait servi à rien, parce que le monde dans lequel elle avait réellement envie de faire pipi était un monde différent de celui-là. Il lui fallait voir que le monde du rêve –qui semblait parfaitement réel- n’était pas le seul monde. Il lui fallait une image plus grande, qui incluait se réveiller et aller aux toilettes. Quand je disais que le problème n’était pas le langage, ce n’était pas tout à fait exact. Alors que l’effet de nouveauté s’estompait, les injures augmentèrent, et ce que l’on appelait ses sentiments négatifs –son ressentiment et sa colère et sa peur- augmentèrent eux aussi. Et elle les ressentait ces choses, mais quand elle essayait de les exprimer on ne la comprenait pas. Ces sentiments restaient enfermés en elle, et ainsi, incapable de communiquer, elle se mit à passer à l’acte ; il devint difficile de travailler avec elle. Frustrée par son incapacité à agir sur le monde dans lequel elle vivait, elle se mit à haïr ce monde. En 1814 elle fut vendue ou donnée en échange à un cirque ambulant et emmenée à Paris. Elle connut des hauts et des bas et mourut un an plus tard à l’âge de vingt-six ans. Elle ne fut jamais totalement ni complètement considérée comme humaine par les gens qui l’étudiaient et, à part son appareil génital, on ne sait pas à quoi elle ressemblait. A l’époque, les chercheurs, qui essayaient de démontrer une théorie alors en vogue sur les caractéres raciaux, la disséquèrent et retirèrent son appareil génital et son cerveau de son corps. On les plaça ensuite dans des bocaux et on les exhiba à Paris, au musée de l’Homme». |
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John HASKELL Je ne suis pas Jackson Pollock (2003) Éditions Joëlle Losfeld, 2008 pour la traduction française p.48-51 |
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illustration : compagnie théâtrale Frank Theatre,
Minneapolis. |
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| Encore un film Thomas Edison | |
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«Ceci concerne une éléphante, qui fut électrocutée il y a cent ans. Elle s’appelait Topsy et elle
fut célèbre à une époque où les gens étaient encore étonnés par les éléphants. En plus elle faisait des tours. Elle savait se mettre debout sur les pattes arrière, les pattes avant levées
en l’air, vêtue d’un tutu de tulle. C’était une attraction courue à Coney Island et parce qu’elle était célèbre on lui avait affecté quelqu’un pour s’occuper d’elle toute seule, il
s’appelait Gus, il la nourrissait, lui donnait le bain, nettoyait son box, et naturellement un lien naquit entre eux. On pourrait appeler ça de l’amour. Gus savait que l’amour était
quelque chose d’essentiel quand on s’occupe d’un animal, aussi encourageait-il cet amour. Il lui donnait des bananes quand elle se tenait bien afin de rendre plus forte leur affection. Il
avait aussi un bâton, dont il usait, mais parce que, pour Topsy, le lien qui les unissait passait avant tout, elle l’aimait pour les bananes et lui pardonnait pour le
bâton.
Avec son âge qui avançait et la nouveauté qui faiblissait, Gus s’éloigna. D’autres animaux plus importants avaient besoin de ses services et à partir de 1900 on utilisa Topsy surtout pour les travaux de force. Il ne l’avait pas vraiment rejetée –il lui arrivait encore de lui donner de la nourriture- mais il ne lui donnait plus le bain, ne la consolait pas, et nul doute qu’il ne lui rendait plus son amour. C’était ça qu’elle voulait ; c’était à ça qu’elle était habituée. Quand quelqu’un est habitué à une certaine chose et que cette chose lui est retirée, cette personne est déstabilisée et, une fois dans cet état, il n’est pas très difficile de perdre un peu la tête. Topsy ne perdit pas la tête, mais elle avait mal et elle était triste. Et elle ne pouvait pas en parler. Elle ne possédait pas le langage. Elle était capable de penser, d’avoir des sentiments, mais elle ne pouvait pas s’exprimer parce que le langage qu’elle avait en elle était un langage d’éléphant, et puis il était en elle, enfermé. Alors, incapable de communiquer ses pensées et ses émotions, elle passa à l’acte. Elle était frustrée par son incapacité à agir sur son environnement et elle devint moins docile dans le travail. Les éléphants se souviennent si bien des choses parce que leurs expériences sont conservées dans leur corps et leur corps est très grand, et son très grand corps était plein de pensées et d’émotions désagréables. Elle essayait d’oublier ses pensées mais elle n’y parvenait pas. Elle ne pouvait les nier ou les ignorer parce qu’elle en était pleine, littéralement. Un jour après le travail, deux de ses amis passent voir Gus. Ils ont bu et ils s’amusent, ils provoquent Topsy, l’agacent, et l’un d’eux, pour rire, lui jette une cigarette allumée dans la bouche. À cause de la structure de la bouche de l’éléphant, elle est incapable de la rétracter ; elle continue à se consumer, comme une mèche, jusqu’à ce que que tout à coup une explosion se produise à l’intérieur de l’éléphante. Son visage n’indique rien. Elle a l’air calme et tranquille. À ses grands yeux endormis on ne sent rien de sa rage, et elle-même ne sait rien de sa propre rage, et quand elle se retourne elle ne sait rien de son désir de tuer. Elle n’est en fait pas consciente de sa haine pour ses deux hommes, dont l’un appuyé contre le poteau de soutènement principal. Mais elle saisit l’homme avec sa trompe, le soulève, le jette contre le poteau et il n’y a rien d’autre que le craquement des os. Un cri peut-être, parce que Gus, qui était sorti revient sous la tente. L’autre, celui qui a jeté la cigarette, est à terre sous les pieds de Topsy, et, en partie par colère, en partie par désir de communiquer sa tristesse à Gus, elle lève le pied au dessus du visage de l’homme, et le laisse retomber. D’abord l’homme pousse un cri, puis le pied retombe. Et sa tête éclate, se mélange au foin et aux bouses d’éléphant. Gus, près de la bâche qui ferme l’entrée de la tente, se contente de regarder, sa silhouette se découpe dans la lumière. Le premier des deux hommes, encore en vie, boite jusqu’à l’extrémité de la tente, et ce n’était pas que la cigarette, Topsy le sait. Elle observe Gus avec ses grands yeux et elle veut que Gus sache ce qu’elle ressent. Il n’y a aucun signe de reconnaissance sur son visage mais elle espère. Même une fois qu’elle est entourée par des hommes armés de piques, elle observe Gus pour voir s’il sait ce qu’il a déclenché. Alors on l’emmène, couverte de chaînes, elle ne cesse de regarder en arrière pour voir si maintenant, enfin il comprend. On a fait un film muet de la mort de Topsy. C’était un court métrage d’une minute produit par la société de Thomas Edison. La caméra était présente dans le demi-cercle formé par les quinze cents spectateurs du nouveau Luna Park, le 4 janvier. Topsy était debout, entourée par une foule de gens. Les caméras commencèrent à filmer. Et puis les six mille volts de cette nouvelle invention qu’on appelle l’électricité furent envoyés dans le corps de l’éléphante. D’abord il ne se passa rien, puis il y eut un tremblement, et ensuite l’agonie. La fumée qui monte de dessous des pieds. Le film montre les muscles de l’éléphante qui se relâchent, sans vie, l’éléphante qui reste debout alors qu’il n’y a plus de muscles, puis les muscles se durcissent, et ensuite l’énorme animal s’effondre dans la poussière. L’événement tout entier dura à peu près dix secondes et la caméra a presque tout pris. La différence entre la version filmée et ce que les gens qui y étaient ont vu c’est que dans le film, au moment où l’éléphante tombe à terre, c’est le silence. En 1903 à Luna Park, momentanément, la terre trembla». |
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John HASKELL Je ne suis pas Jackson Pollock (2003) Éditions Joëlle Losfeld, 2008 pour la traduction française p.45-48 |
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Après Record of a Sneeze, voici à nouveau un film de Thomas Edison : l'électrocution de l'éléphante Topsy, à Coney Island, ce triste 4
janvier 1903. |
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illustration bandeau : L'éternuement de l'éléphant, : cf références sur l'image. film : l'électrocution de l'éléphante Topsy : référence |
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