| | UNE MANIFESTATION TRIENNALE, 200 ARTISTES, 7 000 m2 SOUS LA NEF DU GRAND PALAIS, jusqu'au 25 juin 15 POINTS DE VUE SUR L'ART D'AUJOURD'HUI | ||
![]() | Cette Force de l'art montre également de la peinture. J'ai choisi de parler d'un certain type de peinture. Cette peinture est organisée et destinée à être regardée de manière très singulière. Il s'agit de la pièce de Gérard Garouste intitulée Ellipse. Elle est datée de 1999-2001. Le travail se présente sous la forme d'une haute constuction de métal et de bois de plus de 7 mètres, tendue de toile peinte à l'acrylique. Cette oeuvre est présentée par le critique d'art Richard Leydier dans la section Vision(s)-peinture en France. Ellipse est une sorte de "sculpture de peinture" dans laquelle on pénètre par un couloir central étroit qui débouche sur une distribution d'alcôves peintes. | ||
| Richard Leydier déclare : Tandis qu’on observe depuis quelque temps, au niveau international, un regain d’intérêt pour une peinture dite "figurative", on peine à former une image claire de la scène picturale en France au cours de ces quinze dernières années. | |||
![]() | ![]() | ![]() | Dans ce travail de peinture, Garouste est inspiré par Goya. Le problème de l'originalité ne l'intéresse pas. Il s'agit pour lui de s'approprier la thématique et de dépasser la référence. |
![]() | ![]() | ![]() | Dans un entretien à MagArts, il déclare : Dans Ellipse, j'ai tout pris à Goya : la composition, les ânes, les sorcières, les chaises... |
![]() | ![]() | ![]() | Emprunt rétinien, si l'on peut dire car Ellipse n'est pas une satire, comme ont pu l'être les gravures de Goya. (un clic sur les images pour les agrandir) |
![]() | ![]() | ![]() | Les Caprices de Goya sont des gravures elles-mêmes inspirées par des citations populaires, une sorte de clin d'œil du peintre au langage de son époque. |
| Ces gravures m'ont amusé et j'ai joué avec elles en complicité avec Goya. Rencontre d'images qui constituent ma mythologie personnelle dans l'espace de la tente : lion, âne à l'Est, loup, taureau à l'Ouest, mandragores au Sud. Tous les personnages de l'installation sont des « antipodes », c'est-à-dire des personnages à l'envers, contraires, étrangers. Le problème de l'originalité ne m'intéresse pas. Pour Goya, je me suis approprié ses images pour ensuite les dépasser. Le sujet de ma peinture : comment, de la représentation ludique d'une série de fables, on arrive à un jeu d'interprétation et, en même temps, il s'agit aussi d'un parcours initiatique d'un passage de la Bible, « La bénédiction de Jacob ». | |||
| Ce travail de Gérard Garouste me plaît pour différentes raisons : l'oeuvre de ce peintre s'inscrit à la fois dans une tradition, une connaissance fine et documentée de la peinture mais ce qu'il fait de cette tradition le propulse au delà ; la forme qu'il donne à sa peinture prend place dans une recherche, une volonté de renouveler les formes même s'il dit que l'originalité ne l'intéresse pas. | ![]() | ||
| L'univers qu'il met en place relève du merveilleux, rappelle à la fois le monde de l'enfance, du rêve et des croyances populaires. Le fait de présenter son travail comme une installation décuple l'intérêt que l'on peut éprouver face aux peintures puisque le corps du regardeur est impliqué dès le moment où il pénètre dans la structure. Les points de vue deviennent variés, mobiles, non figés, à l'inverse de celui que l'on peut entretenir face à une peinture traditionnelle. Enfin, indéniablement, ce peintre montre des qualités non seulement dans la pratique purement technique du médium qu'il a choisi d'utiliser que dans la façon d'agencer les couleurs et les figures mais aussi dans l'expression qu'il sait mettre en place afin de mieux transmettre son univers à ceux qui veulent bien regarder sa peinture. Suite dans le prochain billet photographies de l'auteur | |||
par holbein
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| UNE MANIFESTATION TRIENNALE, 200 ARTISTES, 7 000 m2 SOUS LA NEF DU GRAND PALAIS, jusqu'au 25 juin 15 POINTS DE VUE SUR L'ART D'AUJOURD'HUI | |
![]() | Cette Force de l'art va constamment osciller et hésiter entre une affirmation défensive liée à son titre sous forme de slogan (voir billet La Force de l'art, un titre...) et une volonté de rendre présente la notion de jeu, d"entertainment" (comme on dit), de participation ludique ou de proximité via des "objets sympas". L'art contemporain serait un grand terrain de jeu, un parc d'attractions pour riches ou pour gens branchés (ou les deux, peut-être...). |
| Suite dans le prochain billet | |
| illustration : Gérard Deschamps, série pneumostructures, 2004 photographie de l'auteur | |
par holbein
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| UNE MANIFESTATION TRIENNALE, 200 ARTISTES, 7 000 m2 SOUS LA NEF DU GRAND PALAIS, jusqu'au 25 juin 15 POINTS DE VUE SUR L'ART D'AUJOURD'HUI | |
| Cette Force de l'art qui n’a pas réussi à trouver quelqu’un d’unique pour fédérer toutes les énergies en jeu ( Je crois que Catherine Millet avait été pressentie, sollicitée mais a décliné l’offre) a finalement donné carte blanche à quinze personnes différentes, quinze commissaires d’exposition qui se sont partagés cette lourde tâche d’endosser les responsabilités et donc de faire face à toutes les critiques. La conséquence positive de cette décision est la diversité des points de vue ; nous ne sommes pas face à un discours unique, à quelque chose qui serait une esthétique d’état. | ![]() |
| La conséquence négative est cette impression d’accumulation d’oeuvres, de catalogue dressé sans aucune pensée fédératrice, sans axe réel, un catalogue établi dans l’urgence de la décision. La démarche était évidemment politique (au sens noble du terme, s’entend). J’ai rappelé dans un billet précédent les intentions de cette manifestation, commanditée par l’état français en la personne du Premier Ministre. Les choses se sont toujours déroulées ainsi, à droite comme à gauche. En conséquence il est illégitime de prétendre qu’aujourd’hui les critiques qui sont faites à l’exposition sont politiciennes ; en effet, rappelons que la décision initiale est politique. Cette exposition a d’ailleurs été surnommée “l’expo Villepin” et l’on peut d’ailleurs admirer un portrait de Dominique de Villepin fait par Yan Pei Ming dans l’espace installé par Bernard Marcadé (photographie ci-dessus). | |
![]() | Bernard Marcadé qui est un des quinze commissaires d’exposition est celui qui, à mon goût, a le mieux réussi le difficile pari d’accepter ce défi consistant à rassembler dans l’urgence un panel d’artistes qu’il défend, apparemment, sans compromission, et avec une exigence et un soin extrême dans la présentation et la mise en espace des oeuvres. |
| J’ai toujours beaucoup apprécié ses partis-pris, le choix des artistes qu’il a défendus et accompagnés, les expositions qu’il a montées ainsi que les ouvrages qu’il a écrits (on peut citer : Il n’y a pas de second degré, Éditions Jacqueline Chambon, ou encore le magnifique Éloge du mauvais esprit, Éditions de la différence-). Le choix est cohérent, rigoureux, conforme à ce que l’on sait de ses goûts ; il répond à une exigence de type patrimonial (voulu par la demande institutionnelle) en la personne d’un artiste de premier plan mais qui reste un artiste très contemporain, accessible et dynamique dans sa démarche comme Christian Boltanski, par exemple ; il présente des artistes impliquant le spectateur dans l’univers du sensible comme Claude Lévêque avec son installation Ende ; il présente également des artistes plus complexes mais reconnus comme Fabrice Hyber ; mais aussi des très jeunes comme Loris Gréaud (que personnellement j’apprécie moins pour avoir vu l’an passé son travail au Plateau). Cet ensemble est fondé sur un engagement à la fois esthétique sensible et intellectuel. La référence à Guy Debord (dans la projection à l’entrée) montre l’exigence du propos. La mise en espace de ces pièces si diverses se révèle d’une particulière intelligence. Bernard Marcadé a fait édifier une structure métallique tendue de draps noirs sur deux niveaux. Ce volume ainsi créé tient compte de l’espace existant mis à disposition. Il est le seul à ne pas subir l’écrasante et magnifique architecture du Grand Palais. | |
| Une autre donnée est extrêmement importante et finement pensée par ce commissaire d’exposition : il n’y a aucune promiscuité dont aurait à souffrir une oeuvre ou bien une autre. Les cartes de France d’Annette Messager sont isolées dans un dais sombre. Il en va de même pour le travail de Boltanski. La pièce de Claude Lévêque, de fait, est présentée seule ; le noir y est total…La tente de Fabrice Hyber (photo ci-dessus) est isolée, tout à fait en haut, etc. L’oeuvre retourne, d’une certaine façon, à sa vocation sacrée ; on est là pour la considérer isolément, la rencontrer, et sans nécessairement y faire participer la dimension mystique. Il en est tout autrement de certaines présentations ou tout se téléscope, où l’on a une perception aléatoire et fugitive des oeuvres et où la dimension "parc d’attraction" prime. | ![]() |
| “Je ne crois pas aux fantômes, mais j’en ai peur” écrivait la marquise du Deffand à Horace Walpole. Si l’art ne peut pas transformer le réel, il peut néanmoins contribuer, aujourd’hui peut-être plus que jamais, à faire peser une menace réelle sur un certain nombre de dévoiements contemporains. Bernard Marcadé | |
J'ai bien sur apprécié d'autres accrochages, d'autres partis-pris comme celui de Daniel Soutif, par exemple, mais on ne peut pas tout évoquer, ici. D'autres artistes, d'autres peintres m'ont impressionné par la qualité et la présence du travail qu'ils ont présenté ; c'est le cas de Gérard Garouste sur lequel je reviendrai. | |
| illustrations : oeuvres de Yan Pei Ming, Fabrice Hyber, Jean-Luc Vilmouth | |
| Suite dans le prochain billet photographies de l'auteur | |
par holbein
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| UNE MANIFESTATION TRIENNALE, 200 ARTISTES, 7 000 m2 SOUS LA NEF DU GRAND PALAIS, jusqu'au 25 juin 15 POINTS DE VUE SUR L'ART D'AUJOURD'HUI | |
![]() | Cette Force de l'art occupe un endroit magnifique : le Grand Palais. L'endroit est somptueux : vaste, lumineux et spacieux. Les volumes sont extraordinaires. Compartimenter cet espace a été nécessaire pour héberger les productions présentées par les quinze commissaires d'expo. |
| Mais là, l'architecture du Grand Palais révèle sa force : les hauteurs d'accrochage des cimaises, habituelles pour les galeries, deviennent étriquées. Le volume au dessus de leur tête les écrasent. L'oeuvre de Gérard Garouste tente d'échapper à la règle. Seul Bernard Marcadé a décidé de travailler intelligemment son espace en montant un deuxième niveau, ce qui permet d'occuper le volume en hauteur et d'entrer mieux en relation avec l'existant. On reconnaît là l'expérience et la finesse du jugement. La notion de mise en espace devrait être une donnée importante pour un commissaire d'exposition. | |
| Suite dans le prochain billet | |
| photographie de l'auteur | |
par holbein
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| UNE MANIFESTATION TRIENNALE, 200 ARTISTES, 7 000 m2 SOUS LA NEF DU GRAND PALAIS, jusqu'au 25 juin 15 POINTS DE VUE SUR L'ART D'AUJOURD'HUI | |
![]() | Cette Force de l'art est une exposition d'expositions. C'est la première d'une triennale qui se présente comme la juxtaposition de quinze points de vue différents sur la création d'aujourd'hui. Ces points de vue sont le fait de critiques d'art, d'écrivains, de commissaires d'expositions, de rédacteurs de revues, de directeurs de musées ou de centres d'art, d'artistes ou bien encore d'historiens d'art à qui l'on a confié un espace dans cet immense lieu récemment rénové : le Grand Palais. |
| L'intention annoncée est de témoigner de la vitalité de la création artistique française. Cette manifestation est conçue pour prendre place aux côtés de manifestations similaires qui se déroulent déjà aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. Une sorte d'état des lieux qui faisait défaut pour rendre compte de l'activité et de la diversité de la scène artistique hexagonale. J'ai passé quatre heures sur ce site. Je m’y suis rendu sans à priori et finalement en ayant lu assez peu de choses au préalable. Pour ne pas être désagréable je dirai que je suis très partagé car dans la liste des gens exposés, sont présentés un certain nombre d’artistes que j’aime. Mais la perception que j’ai de cette manifestation reste néanmoins négative. J’ai l’habitude de fréquenter assez assidûment les galeries et les expositions, notamment celles qui présentent des oeuvres contemporaines. Beaucoup des pièces exposées ici sont loin de m’être étrangères et c’est même un plaisir certain d’en retrouver qu’il était impossible de voir depuis des années. Mais très bizarrement une sensation de malaise m’a habité très rapidement, dès le début de la visite, et ne m’a jamais définitivement quitté. Alors pourquoi ? Le titre de cette manifestation pose d’emblée un problème : La Force de l’art, (avec une majuscule à Force dans les documents officiels). Je n’ai encore rien lu pour l’instant qui justifierait ce choix, qui sans doute est légitime du fait des intentions annoncées : il s’agit d’affirmer une position, d’énoncer, grâce à cette vision de catalogue, que la scène artistique contemporaine française existe et qu’elle n’a rien à envier à celle qui se développe dans le monde anglo-saxon, aujourd'hui nettement plus valorisé et représenté. Ce titre est elliptique ou plutôt incomplet : c’est la Force de l’art français qu’il aurait fallu écrire, mais c’est moins élégant. Entendons-nous, il n’y a aucune honte à défendre des artistes qui travaillent sur le territoire. Du point de vue de la renommée, de l’influence intellectuelle d’une culture ou d’une nation, mais également de manière plus prosaïque, du point de vue commercial. D’autres pays (notamment anglo-saxons) le font de manière très pragmatique mais il me semble que ce titre est le symptôme d’une sorte d’indigence profonde dont la métaphore est le bunker installé à l’extérieur, à l’entrée de cette exposition (Mathieu Briand, ci-dessous). | |
![]() | Du simple point de vue commercial, on peut dire que ce bunker n’est pas ce qu’il y a de mieux comme tête de gondole. Mais ça, je conçois qu'il s'agit là, de ma part, d'un jugement de valeur. Effectivement, l'oeuvre sert sans doute à illustrer cette notion de Force, liée à son emplacement de type ligne Maginot ; impression de force également due à son apparence, austère, hostile, noire et menaçante. |
| Mais, il est comme la maison des petits cochons : creux, fragile, fait de petites tôles fines assemblées au chalumeau (il suffit d’écouter le bruit que ça fait lorsque l’on fait toc toc dessus à l’aide de l’index replié). Si ceci est une représentation, voire une métaphore de cette Force, on conviendra qu'elle est un peu pathétique. Est-ce ça la Force ? A-t-on besoin d’être menaçant pour montrer ses qualités ? Et puis surtout, que penser d’une exposition -d’art- qui prône comme critère principal, essentiel, quasiment unique, le rapport de Force ? Rapport de Force, réitéré, tant dans ce F majuscule de son titre, dans les lourdes lettres grasses de sa typographie que dans les nombreux rappels de ce titre qui tapissent des milliers de fois les parois extérieures et intérieures de cette exposition. C’est peut-être ce manque de générosité qui m’a d’emblée rendu mal à l’aise. Suite dans le prochain billet | |
| illustration : Annette Messager "faire des cartes de France", 2000 photographies du site officiel et de l'auteur | |
par holbein
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