Samedi 31 mars 2007
Jeudi 29 mars 2007
Sturtevant
galerie Thaddeus Ropac
3 mars-7 avril



Sturtevant1-200.jpg Sturtevant
galerie Thaddeus Ropac
Une majesté,
un mystère,
une très belle ambiance

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illustrations :

-©Sturtevant, installation, photographie empruntée au site de la galerie Thaddeus Ropac
-photographie de l'auteur


Mardi 27 mars 2007
Wishful Thinking, Satire Inspired by the Decline of the Left in America
galerie Baudouin Lebon
15 février-21 avril 2007


krims21-250.jpg Les Krims est un photographe américain. En 1974, pour la première fois, Robert Delpire montre son travail en France. La renommée du photographe est internationale et beaucoup de ses tirages font partie des grandes collections aussi bien privées que publiques.

Et pourtant son œuvre, depuis toujours, suscite la controverse.
Pour le situer, il faut d'abord dire qu'il est un des grands représentants de ceux qui mettent en scène la photographie. Il appartient à cette famille de photographes qui préparent longtemps et soigneusement l'espace et les conditions de la prise de vue (à l'opposé de la «street photography», par exemple).

L'image choisie en amorce du billet sur cet artiste n'est sans doute pas représentative du style de Les Krims mais elle incarne bien le souci de la mise en scène dont il est coutumier.

Qu'est-ce qui peut bien caractériser cette démarche artistique qui fait qu'un tirage de Krims est immédiatement identifiable ?
Déjà, Les Krims crée l'artifice. Sa photographie est fabriquée, et ceci de manière très ostentatoire. L'impression immédiate d'une certaine superficialité préside. Le sentiment inverse, de profondeur, de sérieux, d'une grande détermination s'impose ensuite. Et puis, l'extrême profusion est souvent au rendez-vous : la surcharge, l'extravagance, la suproduction et l'envahissement visuel sont des données fréquemment présentes. On pourrait qualifier de baroque ce travail hyperorganisé, fondé sur l'accumulation et l'agencement délirant où l'œil finit par se perdre. Le travail de préparation du décor est impressionnant.


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Au sein de cet espace constitué d'objets proliférants, aux couleurs vives, organisés de manière rigoureuse, des figures, généralement nues, sont installées, à la manière d'objets et prennent la pose.
Cette effervescence visuelle, liée à la nudité des modèles ainsi qu'à la trivialité des objets montrés, produit un certain malaise. On ressent, une volonté, de la part de l'artiste, d'emboîter le pas à une certaine tradition de la transgression et ceci dans plusieurs directions : la nudité (montrée de manière dérangeante), la religion (des symboles sont utilisés à répétition comme la croix, l'étoile de David, la figure de la Sainte, etc.), le mauvais goût affiché, la figure de la mère de l'artiste utilisée de manière non-conventionnelle (photographiée nue par son propre fils et "décorée" de photographies collées sur son corps, ou manipulant son dentier).

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Ce fourmillement qui intègre le grotesque, le gênant, la désacralisation, le superficiel, va interroger celui ou celle qui est amené à rencontrer ces images. Les objets sont intensément en rapport avec le monde du quotidien des Américains. Ce rêve américain dont se sont nourris tant d'individus. Il serait aisé, et rassurant, de dire que Les Krims en fait une critique et montre ici l'envers de ce rêve. Je n'en pas si sûr. Les Krims est forcément conscient des limites et des dérives de ce mode de vie mais force est de constater qu'il demeure, chez ces artistes américains, une part de fascination, y compris pour les éléments et les pratiques les plus détestables de ce Way of Life (à l'instar de ce qui se passait déjà dans la tête des artistes du Pop art comme Andy Warhol, par exemple).
Plusieurs facettes de ce travail sont passionnantes : on voit l'intérêt pour l'histoire de l'art et le questionnement que cela engendre ; on voit également à la fois les influences, les correspondances, les goûts, voire les amitiés pour d'autres artistes ; en vrac : Diane Arbus, Martin Parr, Sandy Skoglund, Duane Michals, Lucas Samaras et même Claude Monet...
Il faut attirer l'attention sur l'importance des titres (souvent extrêmement longs, et qui excèdent
, parfois, la fonction d'un titre) et l'inclusion de ces titres dans le champ de l'œuvre.

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Nous connaissions les tirages argentiques, soigneusement encadrés, de Les Krims. Aujourd'hui la galerie Baudouin Lebon présente de grandes impressions couleur accrochées par des pinces à dessin selon un mode d'accrochage accumulatif allant dans le sens et l'état d'esprit des photographies de l'artiste. Ceci confère beaucoup d'intérêt à l'exposition.


illustrations :

-site de la galerie Baudouin Lebon
-site de Les Krims
-site Wantedparis.com
-photographies de l'auteur (galerie Baudouin Lebon)



- site de la galerie Baudouin Lebon.
- site de Les Krims

Vendredi 23 mars 2007
Nothing Follows
«Protect Us from what we don't know»
galerie Yvon Lambert, 10 mars - 14 avril


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Jenny Holzer used declassified documents



«The works shown by Jenny Holzer explore the murky zone of redaction (editing) in the post 9/11 era when assurances of national security and guarantees of personal liberty often seem to be mutually exclusive. They were contributed by anonymous officials who, erased with black markers, excised information from top secret records so they could be released to the public.»

«Protect Us from what we don't know»
Cathy Lebowitz "Art in America", oct 2006



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galerie Yvon Lambert
         
Mardi 20 mars 2007
David Lynch
The Air Is on Fire

du 3 mars au 27 mai 2007


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«The Air Is on Fire» ("L'Air est en feu").

« Ce sont juste quelques mots que j'avais écrits sur un dessin, et qui peuvent faire surgir mille images chez chacun.»
David Lynch

David Lynch expose autre chose que du cinéma. Cela se passe actuellement, dans cette magnifique exposition qui a ouvert ses portes à la Fondation Cartier à Paris. En montrant ses dessins, ses peintures, ses sculptures et bricolages, installations et films d'animation, il va contribuer à relancer le débat sur la question du sens de son œuvre. Que doit-on comprendre ? Comment aborder ce monde si particulier ?


En effet le monde de Lynch est complexe. Les films que l'on connaît de lui ont montré sa capacité et sa
volonté de s'écarter systématiquement du schéma narratif. Il n'a cessé de casser les codes de la narration. Le film ne doit pas être une histoire que l'on raconte en filmant des événements qui s'enchaînent et s'organisent de manière linéaire, mais le monde qui est dressé devant nous doit solliciter nos sensations, notre perception, stimuler notre imagination, inviter à une disponibilité qui va s'avérer féconde si nos sens sont en éveil. Il en est ainsi lorsque l'on regarde un tableau.


«Le cinéma n'est pas fait uniquement pour raconter des histoires, mettre en scène des mots et des dialogues, mais aussi pour créer une ambiance. Ce que je vois (...) c'est cette abstraction possible que le film partage avec la peinture. Aller plus loin dans l'abstraction, c'est aller vers une réalité plus profonde, qui existe en parallèle des autres. Si on vient de la peinture, on sait que l'histoire d'un film peut contenir une abstraction.»


David Lynch
Beaux Arts Magazine
entretien avec Emmanuelle Lequeux, mars 2007, p 100



David Lynch répètera à l'envi qu' «il faut faire confiance à nos sens». Il ne s'agit pas d'aller envisager ses films comme des histoires policières qui seraient fondées sur une trame, et comporteraient une intrigue, une succession d'épisodes (nous menant parfois sur de fausses pistes) puis aboutissant à une chute avec identification d'un mobile et d'un coupable. Il faut accepter, d'emblée, de remettre en question les codes habituels et de considérer l'œuvre (appelons-ça un film, en l'occurence) totalement différemment.
Le contact avec les œuvres de Lynch s'enrichira si l'on se laisse porter par différentes dimensions qui ne relèvent pas uniquement de la stricte signification que l'on peut donner aux choses et aux événements et on y gagnera en essayant de combiner cette logique (que l'on cherche légitimement à faire fonctionner et à appliquer) aux sens, à nos sens, à notre intuition, à notre capacité à produire des associations d'images ou de sons, à ce que l'on met en place dans les rêves, notre imaginaire ; à notre intelligence sensitive.
Mais attention, sans qu'il s'agisse pour autant de verser dans un mysticisme ou une magie de pacotille. Lynch est quelqu'un d'intègre, quelqu'un qui a les qualités requises pour ne jamais tomber, ni entraîner les visiteurs de ses œuvres, dans ce travers.


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Dans le magazine art press de février 2007 Stéphane Delorme, dans un excellent article, insiste sur la dimension de l' «affect» dans le cinéma de David Lynch : «La pierre angulaire est l'affect. D'abord l'affect désastreux qui précipite la chute et la hantise ; ensuite les affects multiples déchaînés par le jeu des hantises.»*
 Stéphane Delorme développe l'idée que les films de Lynch
, fondés sur l'affect,  racontent finalement  des histoires simples :

«Qu'est-ce qu'un film de Lynch ? Contrairement aux idées reçues, ses films avancent droit et sous la luxuriance visuelle, sonore, narrative, racontent des histoires simples. Lost Highway : un homme n'aime pas sa femme ; Mulholland Drive : une femme aime une femme ; à partir de ce postulat, le film cassé en deux sombre dans sa version panique et donne naissance aux démons.»*

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 Lynch va effectivement organiser «une ronde d'images autour de l'affect»*. Ses images ont été puisées à des sources variées : le monde de Francis Bacon y est identifiable. On y sent un attachement, une fascination, quelque chose de l'ordre d'un bouleversement. David Lynch sait jouer sur le renvoi à une sorte de mythologie personnelle peuplée d'anecdotes fondatrices ; que l'on se rappelle l'épisode  de sa décision de créer une toile mouvante :
il avait en effet l'intention de réaliser un tableau en mouvement. On raconte qu'un jour il vit dans son atelier une de ses toiles trembler fébrilement sous l'effet du vent. Il eut l'idée de réaliser une peinture mouvante et ce fut «Six Men Getting Sick» (1967) un petit film d'animation. Ce qui déclencha son désir de continuer à fabriquer des images qui bougent.
Cette anecdote «fondatrice» de la démarche artistique, peut être perçue comme une commodité et
fait indéniablement penser à ce que racontait Kandinsky  de sa prise de conscience de l'abstraction sur la base d'un événement, également,  personnel :

«J'arrivais chez moi avec ma boîte de peinture après une étude, encore perdu dans mon rêve et absorbé par le travail que je venais de terminer lorsque je vis soudain un tableau d'une beauté indescriptible, imprégné d'une grande ardeur intérieure. Je restai d'abord interdit, puis je me dirigeai rapidement vers ce tableau mystérieux sur lequel je ne voyais que des formes et des couleurs et dont le sujet était incompréhensible. Je trouvai aussitôt le mot de l'énigme : c'était un de mes tableaux qui était appuyé au mur, sur le côté.»**


Nous restons dans les affects. Vassily Kandinsky fait également partie du panthéon de David Lynch...

A David Lynch, affectueusement.

fin


«The Air Is on Fire», exposition à La Fondation Cartier pour l'art contemporain

du 3 mars au 27 mai 2007



illustrations :

1.
photographie de l'auteur
2.
photographie de l'auteur
3.
photographie : Patrick Griès, extrait du site de la Fondation Cartier
4.
Le réalisateur américain David Lynch à Los Angeles, le 21 janvier 2007. AFP/ROBYN BECK


textes :

* art press magazine, février 2007, p 19
** Vassily Kandinsky, Regards sur le passé, 1913-1918, trad. in Regards sur le passé et autres textes, 1912--1922, édition établie et présentée par Jean-Paul Bouillon, Paris, Hermann, 1974





 
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