La bouche d'une fille qui avait longtemps reposé dans les roseaux
était si rongée.
Quand on ouvrit la poitrine l'œsophage était si troué.
Enfin dans une tonnelle sous le diaphragme
on trouva un nid de jeunes rats.
Un petit frère était mort.
Les autres vivaient du rein et du foie,
ils buvaient le sang froid, ils avaient
vécu ici une belle jeunesse.
Ils eurent aussi une mort rapide et belle :
on les jeta tous à l'eau.
Ah, comme piaillaient les petits museaux !
Gottfried BENN Poèmes Éditions Gallimard, 1972 pour la traduction française p37-38
Illustration : Albrecht Dürer, 1503 Graphische Sammlung Albertina, Vienne
M. le Maudit – le prototype du petit-bourgeois criminel. Gras et efféminé, il ne
se distingue en rien des autres. Il marche dans les rues avec Elsie et lui achète un ballon. Parfois, il la regarde en souriant, presque avec tendresse. A un étalage, il chaparde une
pomme et la mange goulûment, comme un enfant. Son ombre se profile sur la colonne d’affichage qui porte l’inscription en lettres gothiques, promettant une récompense pour sa capture. La
petite fille aux cheveux blonds lance la balle contre l’affiche. Elle le regarde et dans ses yeux, il n’y a aucune crainte, aucune angoisse. Une singulière beauté, un émerveillement
qui, le temps d’un regard, se confondent avec l’amour ou la fascination pour cette ombre qui va la tuer.
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