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Bethan Huws, galerie Yvon Lambert
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Première exposition personnelle de Bethan Huws en France.
Bethan Huws est née en 1961 au pays de Galles, elle vit et travaille à Paris. Elle recourt dans son travail à de nombreux médias : aquarelle, sculpture, installations, vidéos, readymade. Sa
démarche témoigne d’une réflexion constante sur l’héritage de Marcel Duchamp. Sa manière est méticuleuse mais toujours claire, sobre sans jamais être aride. Elle se fonde sur deux idées
principales : le refus d’un art qui ne serait que visuel et une réflexion sur le fossé qui sépare l’art des préoccupations et des activités communes. L’artiste a souvent recours à des
matériaux préexistants ou trouvés. Chaque oeuvre est comme une réponse à un faisceau de circonstances : un lieu, une situation, un souvenir ou une lecture. Le langage y joue souvent un rôle
primordial, l’artiste s’intéresse aux modulations de son expression orale ou écrite et aux nuances de ses significations.
(Communiqué de la galerie)
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Bethan HUWS
YVON LAMBERT PARIS
108, rue Vieille du Temple 75003 Paris
jusqu'au 21 juin 2008
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Comment s'en sortir après Duchamp ?
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Des traces posées sur l’image à la poussière du néant
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Deux femmes posent pour le photographe Victor Regnault vers 1850. L’une est assise, l’autre debout à côté
d’elle. Il s’agit d’un calotype et la prise dure quelques secondes. C’est un temps encore long et les modèles doivent rester parfaitement immobiles pour que la photographie demeure
conforme aux attentes d’une esthétique d’époque pour une prise de vue satisfaisante.
On ne connaît aucun tirage ancien de ce négatif. Regnault l'a vraisemblablement écarté.
La femme qui se tient debout est Madame Regnault. On la retrouve sur d’autres tirages du photographe.
Une lueur étrangement blanche et granulée apparaît à la hauteur du personnage assis. Une lumière
incompréhensible, qui semble surgir de nulle part. Une lumière qui irradie sans rien éclairer alentour.
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L’examen de cet objet photographique (le fameux papier «translucidé» ou papier à la cire) permet de
comprendre l’origine de cette lumière étrange : Victor Regnault a recouvert une zone du négatif à l’aide d’un crayon à mine de plomb. C’est un acte de recouvrement dû à de la poussière de graphite. La zone en question a en effet été noircie, effacée. Le fait
de noircir la feuille négative crée une zone blanche sur l’image positive. Cette photographie fait partie d’une série qui met en scène systématiquement ces deux femmes et un enfant. Ici
l’enfant a disparu, remplacé par une lumière irradiante : «La
poussière nous montre qu’existe la lumière». Cette phrase est celle qui introduit un très beau texte de Georges Didi-Huberman, daté de 1987, et qui entre dans le détail de cette image :
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Regnault photographiait souvent ses enfants. Comme s’il voulait «graver» ceux à qui il avait donné l’être. On prétend
qu’il fit l’une des premières images intimes, non «posées», de toute l’histoire de la photographie : c’est un enfant qui dort dans son berceau, recroquevillé dans les langes, immobile.
Puis, l’enfant grandit. Nous le voyons encore grandir, de photo en photo. Mais, plus il grandit, moins il est photographiable ; petit diable furtif qui ne s’immobilise plus, qui joue, et
en jouant contre-effectue le rite de la pose. Ce faisant, il refuse d’entrer dans la famille des images. Quand il bouge trop, il s’efface de lui-même, devient une tache floue ;
ingénument, il ruine l’idéal du portrait et de l’exactitude supposée de l’art photographique. C’est un bon-un mauvais-tour joué au savant papa exact. Alors, celui qui a donné l’être se
venge, sans se rendre compte qu’il se venge il noircit l’attendrissant lange du négatif. Et il donne le néant.
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Georges DIDI-HUBERMAN
Phasmes
Éditions de Minuit, Paris,
1998
p.62
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illustration : Victor Regnault, sans titre, vers
1850
Calotype (tirage moderne)
Paris, Société française de photographie.
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De la mouche au lapin en passant par le papillon
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Soit un peintre, Piero : Piero l'excentrique. Piero di Cosimo aime l'écart, le jeu. Il peint Mars et
Vénus mais il parodie surtout une élégante version du même thème que
Sandro Botticelli avait peinte une dizaine d'années plus tôt. Un joli papillon est posé sur la jambe de Vénus (ou sur la peinture de Piero -les ailes sont dans le plan du tableau- ?).
C'est à Vasari qu'appartient ce tableau. Et Vasari, en le décrivant, commet deux erreurs : «...près d'un bouquet de myrtes, Cupidon a peur d'un lapin». Daniel Arasse dans un texte
intitulé Piero di Cosimo, l'excentrique repère ces erreurs :
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L'erreur est double en effet. Cupidon n'est pas «près d'un bouquet de myrtes», mais tout contre la taille et le ventre
de Vénus, sa mère, qui l'enveloppe de son bras gauche. Cupidon n'a nullement peur du lapin qui est à côté de lui : de sa main gauche, il lui touche le museau tandis que sa main droite
indique Mars endormi et que son regard (interrogateur ? impatient ? ) est levé vers Vénus.
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...et en analyse le contexte et les raisons :
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Or ce lapin avait été, en lui-même, le lieu d'une élaboration précise, à la fois ludique et scabreuse. Très
traditionnellement, le lapin est un symbole de l'appétit sexuel et, à ce titre, il peut être considéré comme un attribut de Vénus tout à fait adapté ici à la situation de la déesse qui,
les yeux bien ouverts, attend le réveil d'un Mars profondément endormi. Il y a plus : tel que l'a peint Piero, ce lapin est anormalement grand et cette taille excessive est une
bizarrerie manifeste du tableau. C'est que, comme dans un rébus, elle donne figure à un jeu de mots grivois fondé sur le nom latin de l'animal, cuniculus. Sa terminaison évoque le suffixe diminutif latin bien connu -culus et le cuniculus passe ainsi facilement pour un «petit cunus». Ce dernier terme n'existe pas mais il évoque par consonnance le
cunnus, le sexe féminin.Tel que l'a peint donc Piero di Cosimo, ce cuniculus est trop grand pour mériter un
diminutif ; c'est bien une figure (déplacée) du cunnus vénusien, que ne saurait combler un Mars épuisé.
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Daniel ARASSE
Le Sujet dans le Tableau
Flammarion, Paris, 1997
pp.49-50
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Ce qui est amusant est que Daniel Arasse épingle deux erreurs dans le texte de Vasari et, pour des raisons que
j'ignore, en commet deux autres à son tour en inversant dans sa description les gestes de Cupidon...
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illustration : Piero di COSIMO Mars et Venus
1490
panneau de peuplier, 65 x 183 cm
Gemäldegalerie, Berlin
illustration : Sandro BOTTICELLI Venus et Mars
1483
Tempera sur bois, 69 x 173,5 cm
National Gallery, Londres
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Piero di Cosimo
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Il ne s'occupait pas de son bien-être et en était réduit à manger sans arrêt ses œufs durs. Pour économiser le feu, il
les faisait cuire en même temps qu'il faisait bouillir sa colle, et il n'en mettait pas quatre ou six à la fois, mais une bonne cinquantaine ; et, les gardant dans un panier, il les
mangeaient peu à peu. Il aimait cette vie si extravagante , qu'en comparaison toutes les autres lui semblaient un esclavage. Il était ennuyé par les enfants qui pleuraient, les gens qui
toussaient, le son des cloches, le chant des moines ; et quand il pleuvait à seaux, il était content de voir l'eau tomber en trombe des toits et rebondir par terre. Il avait très peur des
éclairs et, quand le tonnerre était particulièrement fort, il s'enveloppait dans son manteau, il fermait les fenêtres et les portes de sa chambre, et il se tenait dans un coin jusqu'à ce
que le gros de l'orage fût passé. Il tenait des discours très divers et pleins d'originalité, et ses propos étaient parfois si extraordinaires qu'ils suscitaient des éclats de rire. Mais,
avec l'âge, il devint si étrange et si bizarre qu'il ne se supportait plus. Il ne voulait plus d'apprentis autour de lui, si bien qu'à cause de sa brutalité, plus personne ne l'aidait.
Quand l'envie lui venait de travailler, le tremblement de ses mains l'en empêchait et il se mettait dans une colère noire parce qu'il voulait obliger ses mains à se tenir tranquilles et,
pendant qu'il marmonnait, sa canne tombait, ou même ses pinceaux : c'était une vraie pitié.
Les l'enrageaient et son ombre même l'ennuyait. .
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Giorgio VASARI
Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, 1550
IV, pp. 142-143 ; trad. franç. 1983 , t. V, pp. 89-90
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illustration : Piero di COSIMO
La Mort de Procris
1500
huile 65 x 183 cm
National Gallery, Londres
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