Mercredi 11 juin 2008
  Bethan Huws, galerie Yvon Lambert
     





           







Première exposition personnelle de Bethan Huws en France.
Bethan Huws est née en 1961 au pays de Galles, elle vit et travaille à Paris. Elle recourt dans son travail à de nombreux médias : aquarelle, sculpture, installations, vidéos, readymade. Sa démarche témoigne d’une réflexion constante sur l’héritage de Marcel Duchamp. Sa manière est méticuleuse mais toujours claire, sobre sans jamais être aride. Elle se fonde sur deux idées principales : le refus d’un art qui ne serait que visuel et une réflexion sur le fossé qui sépare l’art des préoccupations et des activités communes. L’artiste a souvent recours à des matériaux préexistants ou trouvés. Chaque oeuvre est comme une réponse à un faisceau de circonstances : un lieu, une situation, un souvenir ou une lecture. Le langage y joue souvent un rôle primordial, l’artiste s’intéresse aux modulations de son expression orale ou écrite et aux nuances de ses significations.

(Communiqué de la galerie)

           





Bethan HUWS

YVON LAMBERT PARIS
108, rue Vieille du Temple 75003 Paris
jusqu'au 21 juin 2008




Comment s'en sortir après Duchamp ?
           






           
par espace-holbein publié dans : espace-holbein
Dimanche 8 juin 2008
 Des traces posées sur l’image à la poussière du néant
Deux femmes posent pour le photographe Victor Regnault vers 1850.  L’une est assise, l’autre debout à côté d’elle. Il s’agit d’un calotype et la prise dure quelques secondes. C’est un temps encore long et les modèles doivent rester parfaitement immobiles pour que la photographie demeure conforme  aux attentes d’une esthétique d’époque pour une  prise de vue satisfaisante.
On ne connaît aucun tirage ancien de ce négatif. Regnault l'a vraisemblablement écarté.

La femme qui se tient debout est Madame Regnault. On la retrouve sur d’autres tirages du photographe.

Une lueur étrangement blanche et granulée apparaît à la hauteur du personnage assis. Une lumière incompréhensible, qui semble surgir de nulle part. Une lumière qui irradie sans rien éclairer alentour.
L’examen de cet objet photographique (le fameux  papier «translucidé» ou papier à la cire)  permet de comprendre l’origine de cette lumière étrange : Victor Regnault a recouvert une zone du négatif à l’aide d’un crayon à mine de plomb.  C’est un acte de recouvrement dû à de la poussière de graphite. La zone en question a  en effet été noircie, effacée. Le fait de noircir la feuille négative crée une zone blanche sur l’image positive. Cette photographie fait partie d’une série qui met en scène systématiquement ces deux femmes et un enfant. Ici l’enfant a disparu, remplacé par une lumière irradiante :
«La poussière nous montre qu’existe la lumière». Cette phrase est celle qui introduit
un très beau texte de Georges Didi-Huberman, daté de 1987, et qui entre dans le détail de cette image :
           
Regnault photographiait souvent ses enfants. Comme s’il voulait «graver» ceux à qui il avait donné l’être. On prétend qu’il fit l’une des premières images intimes, non «posées», de toute l’histoire de la photographie : c’est un enfant qui dort dans son berceau, recroquevillé dans les langes, immobile. Puis, l’enfant grandit. Nous le voyons encore grandir, de photo en photo. Mais, plus il grandit, moins il est photographiable ; petit diable furtif qui ne s’immobilise plus, qui joue, et en jouant contre-effectue le rite de la pose. Ce faisant, il refuse d’entrer dans la famille des images. Quand il bouge trop, il s’efface de lui-même, devient une tache floue ; ingénument, il ruine l’idéal du portrait et de l’exactitude supposée de l’art photographique. C’est un bon-un mauvais-tour joué au savant papa exact. Alors, celui qui a donné l’être se venge, sans se rendre compte qu’il se venge il noircit l’attendrissant lange du négatif. Et il donne le néant. 
           
 
            Georges DIDI-HUBERMAN
Phasmes
  Éditions de Minuit, Paris, 1998
p.62
           
illustration :   Victor Regnault, sans titre, vers 1850
Calotype (tirage moderne)
Paris, Société française de photographie.


           
Vendredi 6 juin 2008
De la mouche au lapin en passant par le papillon
 
Soit un peintre, Piero : Piero l'excentrique. Piero di Cosimo aime l'écart, le jeu. Il peint  Mars et Vénus mais il parodie surtout une élégante version du même thème que Sandro  Botticelli avait peinte une dizaine d'années plus tôt. Un joli papillon est posé sur la jambe  de Vénus (ou sur la peinture de Piero -les ailes sont dans le plan du tableau- ?).

C'est à Vasari qu'appartient ce tableau. Et Vasari, en le décrivant, commet deux erreurs : «...près d'un bouquet de myrtes, Cupidon a peur d'un lapin». Daniel Arasse dans un texte intitulé Piero di Cosimo, l'excentrique repère ces erreurs :
 
 
L'erreur est double en effet. Cupidon n'est pas «près d'un bouquet de myrtes», mais tout contre la taille et le ventre de Vénus, sa mère, qui l'enveloppe de son bras gauche. Cupidon n'a nullement peur du lapin qui est à côté de lui : de sa main gauche, il lui touche le museau tandis que sa main droite indique Mars endormi et que son regard (interrogateur ? impatient ? ) est levé vers Vénus.

...et en analyse le contexte et les raisons :

Or ce lapin avait été, en lui-même, le lieu d'une élaboration précise, à la fois ludique et scabreuse. Très traditionnellement, le lapin est un symbole de l'appétit sexuel et, à ce titre, il peut être considéré comme un attribut de Vénus tout à fait adapté ici à la situation de la déesse qui, les yeux bien ouverts, attend le réveil d'un Mars profondément endormi. Il y a plus : tel que l'a peint Piero, ce lapin est anormalement grand et cette taille excessive est une bizarrerie manifeste du tableau. C'est que, comme dans un rébus, elle donne figure à un jeu de mots grivois fondé sur le nom latin de l'animal, cuniculus. Sa terminaison évoque le suffixe diminutif latin bien connu -culus et le cuniculus passe ainsi facilement pour un «petit cunus». Ce dernier terme n'existe pas mais il évoque par consonnance le cunnus, le sexe féminin.Tel que l'a peint donc Piero di Cosimo, ce cuniculus est trop grand pour mériter un diminutif ; c'est bien une figure (déplacée) du cunnus vénusien, que ne saurait combler un Mars épuisé.

Daniel ARASSE
Le Sujet dans le Tableau
 Flammarion, Paris, 1997
pp.49-50
 


Ce qui est amusant est que Daniel Arasse épingle deux erreurs dans le texte de Vasari et,  pour des raisons que j'ignore, en commet deux autres à son tour en inversant dans sa description les gestes de Cupidon...
 
 

 


illustration : Piero di COSIMO
Mars et Venus
1490
panneau de peuplier, 65 x 183 cm
Gemäldegalerie, Berlin

illustration : Sandro BOTTICELLI
Venus et Mars
1483
Tempera sur bois, 69 x 173,5 cm
National Gallery, Londres
 
par espace-holbein publié dans : espace-holbein
Mercredi 4 juin 2008
Piero di Cosimo
 
 
Il ne s'occupait pas de son bien-être et en était réduit à manger sans arrêt ses œufs durs. Pour économiser le feu, il les faisait cuire en même temps qu'il faisait bouillir sa colle, et il n'en mettait pas quatre ou six à la fois, mais une bonne cinquantaine ; et, les gardant dans un panier, il les mangeaient peu à peu. Il aimait cette vie si extravagante , qu'en comparaison toutes les autres lui semblaient un esclavage. Il était ennuyé par les enfants qui pleuraient, les gens qui toussaient, le son des cloches, le chant des moines ; et quand il pleuvait à seaux, il était content de voir l'eau tomber en trombe des toits et rebondir par terre. Il avait très peur des éclairs et, quand le tonnerre était particulièrement fort, il s'enveloppait dans son manteau, il fermait les fenêtres et les portes de sa chambre, et il se tenait dans un coin jusqu'à ce que le gros de l'orage fût passé. Il tenait des discours très divers et pleins d'originalité, et ses propos étaient parfois si extraordinaires qu'ils suscitaient des éclats de rire. Mais, avec l'âge, il devint si étrange et si bizarre qu'il ne se supportait plus. Il ne voulait plus d'apprentis autour de lui, si bien qu'à cause de sa brutalité, plus personne ne l'aidait. Quand l'envie lui venait de travailler, le tremblement de ses mains l'en empêchait et il se mettait dans une colère noire parce qu'il voulait obliger ses mains à se tenir tranquilles et, pendant qu'il marmonnait, sa canne tombait, ou même ses pinceaux : c'était une vraie pitié.
Les l'enrageaient et son ombre même l'ennuyait. .



Giorgio VASARI
Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, 1550
IV, pp. 142-143 ; trad. franç. 1983 , t. V, pp. 89-90
 


illustration : Piero di COSIMO
La Mort de  Procris
1500
huile 65 x 183 cm
National Gallery, Londres
 
 
par espace-holbein publié dans : espace-holbein
Samedi 31 mai 2008
par espace-holbein publié dans : espace-holbein
 
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