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Jérémy Liron, galerie Isabelle Gounod
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La Galerie Isabelle Gounod est une galerie qui vient d'ouvrir ses portes à Paris. Mais cette galerie, nous la
connaissions : elle était située à Boulogne. Et la dernière exposition vue dans cette galerie de Boulogne-Billancourt était une exposition de Jérémy Liron. Isabelle Gounod décide
donc de repartir avec...Jérémy Liron. Cette exposition est néanmoins différente. Tout d'abord, souhaitons bonne chance à cette galerie qui jouxte la galerie Claudine Papillon et celle d'Eric Dupont. Signalons qu'une autre jeune galerie vient également d'ouvrir dans la même cour, au second étage : la galerie Frédéric Lacroix-Brulé où des choses assez étonnantes sont présentées actuellement. |
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Jérémy Liron. est un jeune peintre dont j'avais déjà parlé ici même. Outre cette exposition que j'avais visitée à
Boulogne, une présentation remarquable d'une très belle série qu'il avait faite avait été montrée à la galerie du CROUS, à proximité des Beaux-arts, à Paris. Jérémy Liron a un style
très identifiable. Sa prédilection pour un certain type d'architecture qu'il montre dans sa peinture est une constante. Les paysages du sud, des paysages écrasés de soleil font partie des
choses qu'il aime peindre. Ce soleil écrasant fait, sans doute, qu'il n'y a jamais personne dans ses toiles... Les seules traces humaines sont les traces du peintre. Des gestes de peintre
comme des coulures, par exemple, que l'on va trouver dans ces représentations rigoureuses et poétiques. |
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Chez Jérémy Liron, ce qui frappe -j'avais déjà eu l'occasion de le dire- c'est l’utilisation du format carré et ce que
l’artiste en fait. Le carré est non seulement difficile à utiliser, mais, dans une certaine mesure, contraire à la logique lorsque l'on décide de s'attaquer au paysage. Nous sommes
prisonniers de codes culturels mais souvent ces codes intégrés reposent sur des comportements. Si le format carré est habituellement écarté de toute représentation du paysage, c'est qu'il
induit une stabilité non seulement du regard mais de la tête du spectateur. La forme allongée, horizontale, du paysage fait référence au lointain et à l'obligation de
bouger la tête latéralement pour être capable d'embrasser la totalité de ce qu'il y a à regarder. Ceci est transposé, par la suite, à la représentation de tout type de paysage, y compris
lorsque le format est petit et nous dispense de cet effort. Même s'il peint des paysages, Jérémy Liron
y installe des éléments de stabilité comme ces "boîtes" architecturales qu'il va asseoir solidement en leur imposant ce
carré. La chose amusante à constater est que lorsque le cadre quitte la forme carrée (ex : ci-dessus, à droite), la peinture s'arrête (en coulures...) selon le carré supposé. Comme
s'il s'agissait d'un surmoi de peintre. |
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Jérémy Liron montre également quelques sculptures tout imprégnées de poésie et de légèreté. Ce petit édifice en
écho au beau récit fantasque d'Adolfo Bioy Casares, L'invention de Morel et puis un grand bateau de plâtre échoué au beau milieu de la galerie, comme un grand cétacé puissant
et fragile qui aurait terminé un parcours, ici, parmi les vivants qui le regardent et se demandent d'où il vient, ce qu'il fait là en se disant que finalement il a bien sa place, forte et
discrète à la fois, silencieuse et hurlante, blanche, muette et vide et pourtant si riche de mémoire ≈≈≈. |
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Jérémy LIRON "Suite" 27 juin au 26 juillet 2008 Galerie Isabelle Gounod 13 rue Chapon Paris 3ème |
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par espace-holbein
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espace-holbein
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Joël Hubault - l'Onde, Vélizy
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«Perturbation nourricière, contaminante, dérangeante, politiquement incorrecte et révolutionnaire, la planète Hubaut
constitue un monde à part tout en étant partie prenante du monde» * Joël Hubault occupe l'Onde à Vélizy. L'Onde, ça ondule, ça fait de jolies vagues sur cette architecture sombre et élégante. À l'occasion de cette exposition, Hubault va faire une Nouvelle Vague en décidant de donner un autre visage à la façade de verre ondulée : une prolifération de signes qu'il utilise depuis un certain nombre d'années vont occuper toute l'importante surface vitrée du bâtiment, du haut en bas et de long en large, épousant toutes les ondulations. Mais cet envahissement de signes extérieurs n'est que la partie visible de ce travail qui continue à grouiller à l'intérieur. Joël Hubault s'active depuis plusieurs décennies sur le principe d'une contamination toujours plus envahissante qui perturbe et modifie tout ce qu'elle touche et ceci dans tous les domaines. Ces signes qu'il nomme épidémiks constituent un des moyens mis en œuvre. |
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Lorsque l'on pénètre dans la grande salle d'exposition plusieurs réalisations sont présentées : quelques-unes très
anciennes (comme la série de dessins -voir plus bas- qui datent de 1976), d'autres in progress (la prolifération a commencé il déjà longtemps et continue son inéluctable
progression...). Et, immédiatement, on repère ces mêmes signes un peu partout : disséminés sur les murs, le sol, les toiles cirées, les dessins, les photographies de lieux, les objets
fabriqués ou ready-made, les imprimés, etc. Une sorte de gangrène esthétique, en quelque sorte. Ce sont des signes qui, au fil du temps, sont devenus simples : croix, cercle, flèche, carré,
triangle, angle droit, zig-zag, vaguelette, etc. L'idée de parasitage préside. L'idée d'hybridation, également. |
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Nous restons dans l'état d'esprit de la vague. La mer, la baignade, les bords de l'eau. Une gigantesque bâche colorée,
imprimée de photographies de baigneurs dans un paysage d'été, est tendue sur le mur. C'est une plage et tous ses attributs. Une composition faisant penser à un tableau tant dans le format,
l'organisation des figures que dans le sujet lui-même qui renvoie incontestablement aux débuts de la modernité et
donc à Manet et à son Déjeuner sur l'herbe. A la manière des peintres classiques, Joël Hubault ira même jusqu'à se représenter à deux reprises dans sa composition. La mise en abîme
est constante. |
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Et en effet, sous cette grande composition prend place une installation singeant la plage : parasols, sauts et
pelles, bouées, canoë, ballons, végétation, serviettes de bain, transats, etc. (sans oublier l'inévitable sable). Et ceci comme un miroir, un double, la gadgétisation d'un bonheur désiré.
Hubault pratique la performance. Cet endroit a sûrement réuni des acteurs de circonstance (de l'entourage de l'artiste) pour jouer un tableau vivant. Et les signes épidémiks
ont été distribués, de manière aléatoire, sur un certain nombre de ces attributs balnéaires : tissu du parasol imprimé ou bien encore toile du transat, par exemple. |
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Une série de dessins anciens et de travaux photographiques dans lesquels on retrouve ces signes travaillés de
différentes manières. On y lit des textes montrant des expériences variées de «contamination» de la nature. Photographies documentaires sur matériaux éphémères. Une méthode est jointe
afin de s'y employer soi-même... |
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Chaque objet mérite une attention particulière car tous ces éléments à priori hétéroclites sont à mettre en relation les
uns avec les autres au sein d'une sorte de faisceau de réseaux multiples, de déferlante, de flux brassant des fragments connus de l'œuvre et en charriant, à chaque fois, de nouveaux dans un
remugle toujours plus déjanté et plus assourdissant. On retrouvera le Joël Hubault extraverti, à la fois fragile et rigoureux dans son obstination à fabriquer une œuvre sur plusieurs
décennies. |
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| *Sylvie Froux, in Les premiers signes épidémiks, germes de mes contaminations, Joël Hubault Re-mix épidémik Esthétique de la dispersion, Éditions Presses du Réel, 2006, p7 | |||||
| Photographies de l'auteur | |||||
Joël HUBAULT |
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Nouvelle vague exposition du 23 mai au 12 juillet 2008 Micro onde - centre d'art contemporain |
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L'ONDE 8 bis, avenue Louis Breguet, 78140 Velizy-Villacoublay |
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par espace-holbein
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espace-holbein
20 JUIN 2008 Pierrick SORIN : Nantes, projets d'artistes
19 JUIN 2008 Pierrick SORIN, Enghien. 4
18 JUIN 2008 Pierrick SORIN, Enghien. 3
17 JUIN 2008 Pierrick SORIN, Enghien. 2
16 JUIN 2008 Pierrick SORIN, Enghien. 1
15 JUIN 2008 Gabriel HERNANDEZ, galerie Alain Gutharc
12 JUIN 2008 Pavel BRAILA
11 JUIN 2008 Bethan HUWS, galerie Yvon Lambert
8 JUIN 2008 Poussière, Victor REGNAULT
6 JUIN 2008 Cunnus et cuniculus
4 JUIN 2008 Piero di COSIMO
par espace-holbein
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Pierrick Sorin, Enghien-les-bains Pierrick Sorin ou Le Laboratoire d'un film |
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| Pierrick Sorin, 48 ans, vidéaste, expose au Centre des arts d'Enghien-les-bains, Val d'Oise. | |||||
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Nantes, projets d'artistes Il s'agit de la réalisation d'un film vidéo qui, sous la forme d'un documentaire très classique, présente un ensemble d'œuvres monumentales implantées dans la ville. Une demi-douzaine d'artistes européens (sept exactement : un Britannique, une Hongroise, un Portugais, un Espagnol, une Allemande, un Grec et un natif de Nantes, tous interprétés par Pierrick Sorin) commentent, sur le terrain, leurs créations les plus folles. Inutile de dire que ces projets sont de pures fictions, n'ont aucune existence réelle (enfin, pour le moment...) et semblent, pour la plupart d'entre eux, parfaitement irréalisables. |
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Ce film est une parodie des documentaires à vocation "culturelle" que l'on peut -ou que l'on a pu voir à une certaine époque- sur des chaînes de télévision comme Arte ou la Sept. La forme emprunte aux codes de ce type d'émission destinée à un public choisi. L'ambiance et le cadre sont gentiment extravertis, mais toujours avec mesure. Pierrick Sorin, tel un Zelig des arts plastiques, provoque le rire en incarnant des types d'artistes que l'on a forcément croisés un jour ou l'autre et dans lesquels nous retrouvons tous les défauts spécifiques à la profession. |
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Le découpage de ce film s'appuie sur l'observation que fait Pierrick Sorin de véritables documentaires d'actualités culturelles. Ce
faux documentaire débute par un générique qui par sa forme et le ton adopté va d'emblée camper l'état d'esprit de ce reportage : l'émission s'appelle FOLIES (1) et cette prétendue
"folie" est immédiatement desservie et contredite par l'aspect morphing mou de la police de caractère utilisée pour l'affichage du titre et surtout par
l'immonde fond jaune-orangé ou jaune-verdâtre qui s'anime en lents mouvements perpétuels et qui évoque ces lampes d'ambiance mauvais goût des années 70 dont on retrouvera un vestige dans
l'une des œuvres montrées plus tard dans le film. Un présentateur soigné aux gestes maniérés (col roulé, petites lunettes ovales et léger accent britannique) dresse le
programme de l'émission en n'omettant pas de signaler l'audace et le dynamisme de la ville de Nantes qui a commandé pour ses espaces publics des œuvres «spectaculaires et
monumentales», («Ce soir nous n'allons pas très loin, nous allons à Nantes où il se passe des choses très surpre-nantes...». Volonté de marquer des valeurs d'ouverture à la
fois aux idées, à l'internationalisme, à l'appropriation d'une certaine modernité incarnée par l'art contemporain et au sein de cet art contemporain l'avant-garde représentée par les
"nouvelles technologies", ou plutôt par ce qu'il nomme «des technologies très novatrices». Première apparition de Pierrick Sorin, dans le rôle du journaliste qui présente
l'émission (2) et que l'on retrouvera à la fin du reportage à l'instar de toute bonne émission télévisée de ce type. |
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Vont s'enchaîner la description et l'explication, par chacun des artistes (cinq hommes et deux femmes, tous interprétés
par Sorin lui-même), des sept œuvres sélectionnées pour figurer dans ces espaces publics. Pierrick Sorin est évidemment déguisé, le visage maquillé, excepté lorsqu'il joue son propre rôle
(6) ; il est en possession de certains attributs (ordinateur portable, appareil-photo, caméra, mais aussi bloc-notes, pots de peintures, etc.) ; chaque attitude est façonnée en fonction du
personnage incarné : l'artiste portugais (9) est exalté, l'artiste anglais (7) est un peu intello, prétentieux, comme l'espagnol (10) qui se double de la figure du mélancolique ; l'artiste
hongroise (8), elle, est vaguement inhibée, la photographe allemande (11) est d'une sensibilité excessive, quant à l'artiste grec (12), il s'agit carrément d'un mégalomane animé par
les goûts les plus kitschs...). Le dernier (Pierrick Sorin, le natif de Nantes, 6) donne l'impression d'être un gentil pervers ! Sorin est filmé en play-back et une voix s'exprimant dans la langue de l'artiste (parfois en anglais) est rajoutée comme s'il communiquait directement, face à la caméra. Et comme dans les reportages télévisés habituels, nous pouvons profiter d'une voix-off qui nous traduit simultanément les propos en français. |
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Le présentateur a annoncé les projets «les plus fous», des projets qui se
caractérisent essentiellement par leur côté «spectaculaire et monumental», l'objectif étant de «bouleverser le paysage urbain». Et en effet, nous assistons à la
présentation d'œuvres délirantes mais dont l'intérêt est soigneusement justifié, soit par l'artiste lui-même, soit par le commentaire en voix-off, tant sur les plans artistique, économique,
scientifique, culturel, topographique, social, relationnel que sur celui de l'affectif ou encore de la sécurité des citoyens. Les œuvres -Des agrandissements holographiques de Nantais, courant pour attraper leur tram à l'heure de pointe, seront proposés par l'artiste anglais, Ricky Pierson (13) -Une énorme goutte d'eau en suspension au dessus de la ville (14) sera réalisée par l'artiste hongroise, adepte de «l'anti-forme», et pour réaliser cette œuvre extraordinaire, elle travaillera en collaboration avec les unités scientifiques les plus pointues du moment. -Sirki Pinheiro, l'artiste portugais exalté, se servira de la façade de la faculté de médecine de la ville de Nantes comme d'un écran géant où seront projetées des images d'opérations chirurgicales filmées en direct (15) mais retravaillée par ses soins de «manière organique». -Le ténébreux artiste espagnol «handicapé dès l'enfance» (mais qui travaille depuis vingt ans sur le thème du «corps en mouvement») fera danser les habitants sur le rebord du toit de l'opéra de la ville, sous forme d'hologrammes (16). -La délicate Krips Roniker, d'origine allemande, fera apparaître dans le ciel un immense arc-en-ciel à l'échelle du paysage qui ne se manifestera pleinement que lorsque l'humeur des habitants sera réellement positive (17). -Un autre projet titanesque est confié à un artiste grec, Eros Spinaki, qui imaginera d'occuper un mini gratte-ciel au centre de Nantes en le transformant en une «lampe-aquarium» géante qui va s'animer de l'intérieur de mouvements gluants et colorés à l'image de ces lampes d'ambiance décoratives des années 70. Il évoquera, à son sujet, un «hommage à l'apparition de la vie» et en fera le symbole de «l'identité visuelle de la ville» (18). |
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Et enfin, la dernière œuvre (ci-contre), c'est celle de Pierrik Sorin et il va en
expliquer le fonctionnement : l'œuvre devra être perçue de nuit par des gens qui sont en mouvement dans le tramway ; des mannequins alignés, légèrement différents l'un de l'autre,
créeront l'illusion (à la manière du cinéma d'animation) d'une métamorphose d'un homme en femme ou de l'inverse. |
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Ce reportage se terminera avec la réapparition du gentil présentateur donnant un avant-goût de
l'émission diffusée la semaine suivante et qui aura pour thème «le plus grand défilé de mode de tous les temps» : 2000 mannequins défileront en pleine forêt canadienne, une
«manière originale, dit-il, de marquer le passage au 3ème millénaire»... Mais avant cette évocation de la prochaine Folie, nous aurons eu droit à un commentaire en voix-off évoquant le versant économique de l'opération "Nantes, projets d'artistes", ainsi que la polémique qui ne manquera pas d'éclater au sujet de cette commande publique d'envergure reposant sur «des arguments artistiques peu convaincants». |
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Pierrick Sorin, en bouclant son documentaire sur cette remarque violemment autocritique (des «arguments artistiques
peu convaincants») tente de désamorcer toute critique en anticipant sur les questions qui fâchent. Mais il s’expose également et prend des risques sachant que tous les artistes qu’il
incarne intègrent des traits qu’il a potentiellement repérés chez lui et qu’il veut mettre à distance. La solution qui consiste à utiliser la figure du bouffon ou du clown se révèle
efficace car elle sert à la fois à exorciser des défauts constitutifs à cette catégorie particulière que sont les artistes et à questionner, sans emphase, la pratique artistique. |
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Jean Starobinski dans son ouvrage Portrait de l’artiste en saltimbanque (que j'avais évoqué dans un texte
précédent) écrit : «L’on s’aperçoit en
effet que le choix de l’image du clown n’est pas seulement l’élection d’un motif pictural ou poétique, mais une façon détournée et parodique de poser la question de l’art.»* Cette œuvre, Nantes, projets d’artistes (qui date de 2000), porte un coup sérieux à la crédibilité de l’art contemporain. Il faut avoir en mémoire le débat virulent et les attaques contre les pratiques contemporaines qui se sont développées durant toute la décennie qui précède et qui ont largement dépassé le milieu des professionnels ou des galeristes. |
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Dans cette pièce on rencontre à la fois des artistes ridicules, mégalomanes, délirants, obsédés, imbus d’eux-mêmes,
prétentieux, faussement intelligents, des artistes aux goûts douteux ou carrément repoussants, mais on y repère aussi certaines dérives d’un art contemporain qui impose à l’ensemble de la
population des goûts et des pratiques qu’elle ne partage ou ne comprend pas. Dans un livre qu’il a publié sur l’artiste, Pierre Giquel rappelle que «Sorin n’a jamais caché sa réticence à l’égard du monde de l’art contemporain. Jugée par lui «élitiste», relevant parfois de la supercherie (la fin des années quatre-vingt voit surgir la revendication du «n’importe quoi» et cela coîncide étrangement avec les débats franco-français qui sévirent pendant quelques années), l’œuvre d’art le rend perplexe. Mais plus encore, le sérieux, la certitude d’un milieu qui le légitime, la prétention à une vérité deviennent les lieux d’une moquerie acerbe que tout aussi bien il s’inflige à lui-même». ** Mais cette relation à l'art en général, et à l'art contemporain en particulier, est très généreusement ambivalente chez Pierrick Sorin. On aura noté les références et les relations constantes au tableau ("La Belle Peinture est derrière nous ", voir ici), ou aux formes et aux catégories du tableau (le triptyque dans "La Bataille des tartes"), à la sculpture (l'épisode de la cage de foot «qui ressemble à une sculpture d'art contemporain» dans "Pierrick et Jean-Loup", voir là), à la photographie ou au clip vidéo (encore "Pierrick et Jean-Loup"), etc. Pierre Giquel dans le même ouvrage écrit : «(…)un mouvement contradictoire anime assurément cette œuvre qui se déchire entre l’amour et la dénégation. La construction des films, le traitement de l’image, l’installation des éléments dans l’espace entretiennent une relation subtile avec ce que l’on appelle une œuvre d’art. Même lorsqu’il fustige les prétentions à faire œuvre.»*** |
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Et si Pierrick Sorin -par amour- avait réellement nourri l'intention de réaliser une des œuvres
présentées dans Nantes, projets d'artistes ? La question peut sembler saugrenue mais, considérant ce rôle du clown qu'il a endossé dans un premier temps en parodiant des
types d'artistes ayant réellement existé, ces travaux ne pourraient-ils pas constituer une série d'esquisses revêtant une esthétique du dérisoire ou du non-sens de la
seconde moitié du XXème siècle -et ceci par dénégation- ?... L'œuvre serait donc à venir. |
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En évoquant son temps, Jean
Starobinski posait cette question :«L'art de notre siècle aurait-il partie liée avec la dérision
?»**** |
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Le site du Centre des arts :http://www.cda95.com/ Le site de Pierrick Sorin :http://www.pierricksorin.com/ |
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Pierrick SorinLaboratoire d'un filmjusqu’au 29 juin, Centre des Arts, 12-16 rue de la Libération, Enghien-les-Bains (95). |
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Références bibliographiques : * Jean STAROBINSKI, Portrait de l'artiste en saltimbanque, Gallimard, (2004), p 8 ** Pierre GIQUEL, Pierrick Sorin, publié chez Hazan (2000), p 19 ***Pierre GiQUEL Pierrick Sorin, publié chez Hazan (2000), p 20 ****Jean STAROBINSKI, cité dans le catalogue de l'exposition "La Grande Parade", Galeries Nationales du Grand Palais, (catalogue sous la direction de Jean Clair), Paris, 2004, p 337 |
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À titre illustratif : photographies (d'images du film sur moniteur) de l'auteur à partir de l'œuvre de Pierrick Sorin, "Nantes, projets d'artistes",
excepté celle du titre : C'est mignon tout ça, (1993), vidéo monobande, Pierrick
Sorin |
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publié dans :
espace-holbein
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Pierrick Sorin, Enghien-les-bains Pierrick Sorin ou Le Laboratoire d'un film |
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| Pierrick Sorin, 48 ans, vidéaste, expose au Centre des arts d'Enghien-les-bains, Val d'Oise. | |||||
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La présentation des travaux récents de Pierrick Sorin destinés à cette exposition d'Enghien-les-bains prend la forme de
panneaux de contreplaqué léger, vissés aux murs, sur lesquels sont scotchés grossièrement des feuilles imprimées de textes ou de photographies, ou bien encore d'images scannées de dessins
de l'artiste. Le papier adhésif sous l'effet de la chaleur et du temps qui passe a naturellement tendance à se décoller par endroit et des épingles sont donc enfoncées aux quatre
coins des documents. Enfin, quelques indications manuscrites - de la main de l'artiste- sont rajoutées directement sur le bois laissé brut. Ces panneaux juxtaposés sont alignés sur deux murs face à face. L'ensemble, d'une esthétique résolument "trash", décrit une partie du parcours relativement récent de Pierrick Sorin. Les panneaux sont datés et placés dans l'ordre chronologique. On peut y repérer des phases connues et d'autres que l'on découvre et qui sont censées alimenter ce fameux "film |
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Les illustrations présentées ici résultent d'une sélection. Les panneaux sont en effet nettement plus nombreux. Il
semble qu'on ait demandé à l'artiste de raconter son parcours récent, comment certaines de ses œuvres sont apparues, et dans quelles circonstances. Mais ne nous y trompons pas, Pierrick
Sorin ne se borne pas ici à produire un CV illustré. Ce qui fait l'intérêt de ce corpus c'est la différence de statut de chacun de ces documents installés dans une chaîne
imperturbable. |
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Cette chaîne d'événements artistiques au sein de laquelle la vie quotidienne intervient de façon généreuse débute en
septembre 2006 (1). Sorin, apprend-on doit travailler sur la mise en scène d'un opéra. Il se défend immédiatement d'aimer l'opéra et déclare qu'il n'a «aucune culture musicale».
D'emblée, le ton est donné : on fait appel à un artiste qui prétend ne pas aimer ce qu'il doit faire et qui, de surcroit, est le moins qualifié du monde pour exécuter la commande. Ceci
relève d'une posture d'artiste et non d'une pratique professionnelle mettant en œuvre des compétences comme cela se faisait couramment au XIXème siècle. Et ceci débouche sur deux conséquences prévisibles : un ratage (où sont les compétences attendues, les savoir-faire nécessaires à l'assurance de la réussite d'une œuvre de qualité ?) et en second lieu, et compte tenu de l'attitude dégagée, voire provocatrice, à un détachement de l'artiste, à sa non-implication. Et c'est l'inverse qui se produit : le succès est retentissant et, comble de la bizarrerie, on se rend compte que Pierrick Sorin est loin de rester froid (son corps est atteint d'un eczéma dû au stress et il nous confie : «Pour la première fois je vois mon story-board devenir réalité. C'est magique, c'est beau. Ça marche. Ma gorge se serre, mes yeux sont un peu humides. Je comprends que la partie est gagnée. Problèmes divers et des petits renoncements ont été transcendés par l'énergie collective.»(sic,3) Il est l'artiste qui donne l'impression d'être ailleurs, l'artiste qui bricole, ne se prend pas au sérieux mais également celui pour qui (de manière fautive ?) souhaite ardemment produire des œuvres importantes, des œuvres qui lui procureraient la reconnaissance. |
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Si la planche 3 est bien documentaire et fait donc référence à un moment réel et objectif de la vie artistique de
Pierrick Sorin, il en va autrement pour d'autres étapes racontées ici dans lesquelles on verra un Pierrick Sorin déguisé mimant des individus qu'il a croisés et qui lui inspirent des
personnages qu'il va installer dans ce continuum (10 et 11 : le touriste qui visite la Bretagne ou 5 : l'agent d'assurance, tel un Séraphin Lampion, qui vient l'importuner et
lui fait perdre deux heures). L'image joue sur les codes, la mise en scène, le décor stéréotypé (y compris l'œuvre d'art dans le paysage au second plan : on y reconnaît le bateau
mou d'Erwin Wurm présenté dans le cadre de la 1ère Biennale d'art contemporain à Nantes, l'an passé). Au passage, notons la prédilection de Pierrick Sorin pour la présence ou le clin d'œil à l'œuvre d'art dans ses productions (que ce soit peinture, sculpture, préoccupation théorique, etc.). La photographie du sèche-cheveux à la chaussette (7) ou encore celle de la lampe aux chaussettes (en haut de page) en est sont deux exemples : dans le premier cas, jeu sur la création d'une sculpture contemporaine utilisant l'association de matériaux ridicules, et dans le second, un jeu sur l'objet "design", référence à Fischili & Weiss, nouvelle photographie à l'esthétique "cheap" ? Ceci est une constante et s'explique dans le rapport très ambivalent de Sorin à la notoriété (d'artiste) signalé plus haut. Une part artistique qui ne peut pas se résoudre à s'assumer totalement. Il est significatif que le mot "œuvre d'art", - lorsqu'il évoque une de ses productions- ou "démarche artistique" soient placés entre guillemets dans les textes placardés sur ces contreplaqués. |
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| «Se déclarer artiste et l'assumer est-il si prétentieux ou si difficile à assumer ?» | |||||
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| Pierrick Sorin : la suite -et la fin- demain (peut-être... ) |
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Le site du Centre des arts :http://www.cda95.com/ Le site de Pierrick Sorin :http://www.pierricksorin.com/ |
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Pierrick SorinLaboratoire d'un filmjusqu’au 29 juin, Centre des Arts, 12-16 rue de la Libération, Enghien-les-Bains (95). |
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| photographies de l'auteur excepté celle du titre : C'est mignon tout ça, (1993), vidéo monobande, Perrick Sorin | |||||
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